Les temps de l'économie
2008
Paul Adam

Extrait de : "Le temps vu par... (édition électronique)"
sous la direction de Christiane Villain-Gandossi et Jacqueline Lorenz ; 129e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Besançon, 2004

Christiane Villain-Gandossi, Jacqueline Lorenz, Paolo Facchi, Serge Lewuillon, Marie-Françoise Diot, Christophe Gauchon, Christian Amalvi, Pascal Barraillé, Jean Duma, Thierry Lassabatère, Pierre Albert, Jan Berting, Bruno Guérard, Jean-François Loudcher, Jean-Nicolas Renaud, Françoise Putod-Vacheret, Frédéric Trautmann, Paul Adam, Aleksandra Dziadkiewicz, Yves Gilli, Daniel Pajaud et Christiane Villain-Gandossi, Christine Bousquet-Labouérie, Frédéric Chauvaud, Oscar Jané, François Lormant, Ania Guini-Skliar
Paris, Éditions du CTHS
2008
p. 177-183
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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La différence capitale qui existe entre les économies d'avant 1750 et celle de la révolution industrielle, suivie de nouvelles révolutions technologiques, est le plus souvent négligée ou même passée sous silence. Or, l'importance prise par le rythme de plus en plus rapide des développements économiques multiplie le nombre des exclus qui restent à la traîne et les problèmes de l'organisation des sociétés.
Si la croissance économique moderne, apparue il y a seulement un peu plus de cinquante années après le développement plus lent du XIXe siècle et le début catastrophique du XXe siècle, est devenue la « tarte à la crème » rassemblant tous les responsables politiques, au pouvoir ou dans l'opposition, si cette croissance persiste à être beaucoup plus irrégulière qu'on le souhaite, elle conduit en priorité à augmenter les inégalités à l'intérieur des pays développés (pas plus d'un milliard d'habitants) et, dans une proportion beaucoup plus forte, dans les pays sous-développés (environ cinq milliards d'habitants aujourd'hui... alors qu'on en prévoit huit milliards au moins pour 2050).
En somme, les économies anciennes s'inscrivaient dans un long terme que toutes les générations connaissaient et subissaient tout naturellement sans même s'en rendre compte. Aujourd'hui, après un peu plus de deux siècles de progrès économique, aucun pays n'est épargné. Ce sont les flux financiers et les pratiques commerciales à court terme des économies les plus avancées qui dominent le monde. Tous ceux qui ne peuvent suivre ce mouvement irrésistible sont laissés à leur sort, isolés, coupés de ceux qui sont dans le vent, comme s'ils vivaient dans un autre temps. Et ce, malgré des communications et des informations qui sont diffusées partout dans le monde avec une efficacité de plus en plus grande.
Ces décalages sont éminemment dangereux. On flatte trop ceux qui ont réussi ou réussissent et on aide trop peu et mal la majorité de la population mondiale qui vit aujourd'hui dans des conditions qui ne correspondent même pas aux temps anciens. Il y a tellement d'habitants sur la planète qu'on ne peut plus y vivre, comme beaucoup de gens dans le passé, avec les ressources de l'autosubsistance.