L'enquête judiciaire et le temps criminalistique (fin XIXe-début XXe siècle)
2008
Frédéric Chauvaud

Extrait de : "Le temps vu par... (édition électronique)"
sous la direction de Christiane Villain-Gandossi et Jacqueline Lorenz ; 129e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Besançon, 2004

Christiane Villain-Gandossi, Jacqueline Lorenz, Paolo Facchi, Serge Lewuillon, Marie-Françoise Diot, Christophe Gauchon, Christian Amalvi, Pascal Barraillé, Jean Duma, Thierry Lassabatère, Pierre Albert, Jan Berting, Bruno Guérard, Jean-François Loudcher, Jean-Nicolas Renaud, Françoise Putod-Vacheret, Frédéric Trautmann, Paul Adam, Aleksandra Dziadkiewicz, Yves Gilli, Daniel Pajaud et Christiane Villain-Gandossi, Christine Bousquet-Labouérie, Frédéric Chauvaud, Oscar Jané, François Lormant, Ania Guini-Skliar
Paris, Éditions du CTHS
2008
p. 247-258
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Vers les années 1880, l'enquête judiciaire, comme l'attestent la presse et les traités de médecine légale, connaît une mue essentielle qui s'achèvera à la fin des années 1930. D'empirique, elle devient de plus en plus « scientifique ». L'administration de la preuve indiciale l'illustre. Dans l'enquête, le temps apparaît important, parfois déterminant, mais il n'est jamais identique. Lorsqu'un crime a été commis, il faut, de façon impérieuse, collecter le plus rapidement possible les indices ou relever les traces. Fragiles, ces dernières peuvent échapper à l'observateur, voire disparaître, ou être détruites. Sans doute peut-on parler de « temps précipité », commandé par l'urgence. Ensuite les analyses en laboratoire et les investigations du magistrat instructeur répondent à d'autres logiques. Le temps de l'enquête n'est pas celui du procès. Manifestement, il existe un temps maîtrisé et un temps aléatoire : recherche des suspects, audition des témoins, interrogatoire... Dans cette perspective, l'investigation judiciaire est aussi un temps de remémoration et de reconstruction. En effet, si la scène du crime appartient au temps vécu et perçu, la relation des événements est tributaire des émotions et du contexte criminel, comme l'ont montré quelques thèses des années 1920. Reste alors, un ultime moment, celui de la reconstitution des événements criminels établi par le juge d'instruction guidé par l'expert judiciaire. Aussi est-il possible d'affirmer que, de la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle, la criminalistique, basée sur des indices minuscules, impose à la « recherche de la vérité judiciaire » et à l'enquête un rythme propre.