Touristes, malgré eux : les Français en Italie et les récits de voyages des Italiens réfugiés en France pendant la Révolution
2009
Anna-Maria RAO

Extrait de : "Circulation des hommes et des idées à l'époque révolutionnaire (édition électronique)"
sous la direction de Claudy Valin ; 130e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, La Rochelle, 2005

Philippe Barlet, Jean Bart, Claudy Valin, Anna-Maria Rao, François Arnoulet, Élisabeth Audoin, Robert Chagny, Odile Gannier, Marie-Séverine Pillon, Mireille Lobligeois, Isabelle Mayaud, Roger Texier
Paris, Éditions du CTHS
2009
p. 41-51
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

  Télécharger le document (les articles de plus de 3 ans sont gratuits)

Pendant la décennie révolutionnaire 1789-1799, et surtout après la chute des républiques italiennes de 1796-1799, des milliers de patriotes furent obligés de s'enfuir d'Italie pour échapper à la répression. L'exil fut vécu par les patriotes italiens dans la détresse et dans la nostalgie, mais aussi dans l'espoir d'un retour au pays dans des conditions politiques nouvelles dont la réalisation demandait qu'ils combattent par la plume. D'où un lien très étroit entre exil et écriture. L'écriture n'était pas seulement un refuge et une consolation de l'amertume soignante du souvenir. Elle était aussi un projet politique, la communication d'une condition et en même temps d'une réflexion sur les causes d'une défaite et sur les moyens d'en sortir. Plusieurs patriotes écrivirent leurs réflexions sur les événements vécus en Italie et en France. Vincenzo Cuoco, le plus célèbre d'entre eux, écrivant en 1799-1800 son Histoire de la Révolution de Naples, tirait de son expérience une réflexion générale non seulement sur les événements italiens, mais sur la Révolution française dans son ensemble, qui attira l'attention de Bertrand Barère qui le traduisit en 1807.
Mais plusieurs autres patriotes, moins connus ou ignorés, s'adonnèrent à l'écriture. Et quelques-uns d'entre eux racontèrent leurs vicissitudes en France, bousculés de Marseille à Grenoble, à Lyon, à Paris, relatant leur expérience de voyage, leur curiosité pour les hommes et les choses, les villes et les paysages qu'ils avaient découverts. Considérés par l'autorité publique comme des « gens turbulents et séditieux », donc dangereux, qu'il fallait contrôler, voire expulser du territoire français, ils ne furent souvent que des touristes malgré eux qui voyageaient pour s'instruire, pour s'éclairer « sur la nature des lieux ou sur le caractère des habitants », comme écrivait Giuseppe Castaldi dans son Voyage en France en 1800. Leur regard sur la France du Directoire et du Consulat, d'autant plus si on le compare avec les témoignages des Français en Italie pendant la même période, peut nous dire beaucoup non seulement sur l'échange des idées politiques, mais aussi sur l'échange culturel entre France et Italie, sur les conditions d'accueil, sur les rapports entre les hommes de différents pays en révolution.