Innovations à la mine et au champ : agronomes et ingénieurs des mines en Lorraine (XIXe-XXe siècles)
2009
Pascal Raggi et Fabien Knittel

Extrait de : "Concepts, cultures et progrès scientifiques et techniques, enseignement et perspectives (édition électronique)"
sous la direction de Gérard Pajonk ; 131e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Grenoble, 2006
Paris, Éditions du CTHS
2009
p. 49-64
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Les mécanismes de l'innovation technique, les modalités de sa diffusion ainsi que les résistances au processus innovant possèdent des spécificités propres selon l'époque et les secteurs d'activités envisagés. Mais, inversement, il existe aussi des points communs. Cette dialectique est étudiée ici à travers l'étude comparative, dans l'espace lorrain, d'un travail d'agronome au début du XIXe siècle et de la mécanisation dans les mines de fer pendant les années 1950.
En 1819, l'agronome lorrain Mathieu de Dombasle (1777-1843) fait construire une charrue sans avant-train, plus efficace que celle qui en est munie et qui est ordinairement utilisée par les paysans. Dès lors, il est reconnu comme inventeur. Ainsi, il est l'héritier des agronomes concepteurs de matériels agricoles qui œuvrent depuis le Moyen Âge. Pourtant, l'agronomie de Mathieu de Dombasle ne doit pas être réduite à cette pseudo-invention : la littérature technique, l'enseignement et la fabrication « en série » de ses matériels en font un réel innovateur. Dans les années 1950, les ingénieurs des mines de fer de Lorraine mettent en place de nouveaux procédés de travail grâce à la mécanisation intégrale. Toutefois, les changements apportés, qui permettent notamment aux mineurs de diminuer leurs efforts physiques, n'ont pas été immédiatement acceptés. Les ouvriers leur ont reproché de mettre en cause certaines formes traditionnelles du travail minier. Cette réflexion comparative pose la question du rôle de l'innovation agronomique et industrielle au sein de secteurs fondamentaux pour l'économie à deux époques différentes.
Le Mémoire sur la charrue (1821) est la source principale de notre analyse de l'agronomie de Mathieu de Dombasle. L'utilisation des revues scientifiques et techniques où sont publiés les articles des ingénieurs des mines, les témoignages ouvriers contemporains de ces transformations et ceux recueillis après la fermeture des mines constituent également notre documentation.