De la nouveauté à l'âge classique
2009
Sophie Roux

Extrait de : "Concepts, cultures et progrès scientifiques et techniques, enseignement et perspectives (édition électronique)"
sous la direction de Gérard Pajonk ; 131e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Grenoble, 2006
Paris, Éditions du CTHS
2009
p. 79-90
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Trois faits indiquent que la nouveauté dans les techniques et dans les sciences commence à être valorisée dans l'Europe à l'âge classique : 1) l'existence de découvertes effectives qui servent de paradigmes de l'innovation ; 2) la revendication de la nouveauté dans les titres d'ouvrages savants ; 3) le développement d'une conscience d'historicité où la succession des temps est perçue comme un progrès.
Néanmoins, la nouveauté reste ambivalente au XVIIe siècle : les innovations techniques et scientifiques sont supposées entraîner à leur suite des bouleversements religieux et politiques, contribuer au développement d'une confiance indue dans les pouvoirs de l'intellect humain, conduire à la dissolution de l'ordre naturel et social.
L'âge classique a dès lors conjuré le spectre de l'innovation de deux façons.
1) Elle est niée, le changement étant conçu comme un retour à l'ancien, une « réforme » : le schème n'est pas spécifique aux questions religieuses, on le trouve chez les savants et les philosophes.
2) Une distinction est instituée entre les nouveautés qu'on peut tolérer et celles qu'il faut écarter, soit que l'on sépare les audaces que chacun se permet par devers soi et l'expression publique d'un désir d'innovation, soit que l'on distingue des domaines d'étude où l'innovation ne peut être évitée et ceux où elle doit être proscrite.