Partir avec Descartes : le voyage comme rupture et sauvegarde
2009
Lucien GUIRLINGER

Extrait de : "Partir pour résister : s'expatrier pour sa foi ou ses idées (du XVIIe au XIXe siècle) (édition électronique)"
sous la direction de Régis Bertrand ; 130e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, La Rochelle, 2005

Lucien GUIRLINGER, Jean FLOURET, Étienne BOURDON, Bernard BODINIER, Régis BERTRAND, Guy-Marie LENNE, Marita GILLI, Jeannine GIUDICELLI, Michel BOURRIER, Roger DURAND
Paris, Éditions du CTHS
2009
p. 11-16
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Même les philosophes ignorent ou sous-estiment trop souvent la résonance décisive du voyage dans la formation et les conclusions de la pensée de Descartes. Pourtant ce dernier quitta la France à vingt-deux ans, pour « rouler » de par l'Europe entière pendant près de dix ans, ne s'arrêta en Hollande que pour y changer sans cesse de résidence, avant de s'embarquer pour la Suède, où il mourut. Paradoxalement, c'est pour s'assurer une indépendance d'esprit par rapport aux fâcheux et sectaires de tous bords, tout particulièrement par rapport aux théologiens, que Descartes pratiqua cette sorte de vagabondage méthodique. Ces ruptures toujours recommencées procèdent d'une volonté de s'affranchir des idées reçues, de faire table rase des préjugés et des préventions, pour sauvegarder et mettre en œuvre ce qui est à ses yeux l'essentiel : la quête inlassable de certitudes capables de fonder un « bon usage » des passions, la sauvegarde de ce « libre arbitre » qui est la seule chose digne d'estime en un être humain.