Migrations grecques, deux études : I - Religion, pauvreté, vendetta : une triade pour fuir l'Ottoman II - Quand le voyage inspire les rembètika
2009
Jeannine GIUDICELLI

Extrait de : "Partir pour résister : s'expatrier pour sa foi ou ses idées (du XVIIe au XIXe siècle) (édition électronique)"
sous la direction de Régis Bertrand ; 130e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, La Rochelle, 2005

Lucien GUIRLINGER, Jean FLOURET, Étienne BOURDON, Bernard BODINIER, Régis BERTRAND, Guy-Marie LENNE, Marita GILLI, Jeannine GIUDICELLI, Michel BOURRIER, Roger DURAND
Paris, Éditions du CTHS
2009
p. 85-96
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Première étude.
Au XVIIe siècle, des centaines de villageois fuyant l'Empire ottoman entreprennent en Méditerranée un voyage qui durera six mois. Issus de la presqu'île du Magne, micro-région du Sud de la Grèce où les lois de la Sublime Porte leur imposent des traumatismes quotidiens, les empêchant de pratiquer leur langue et leur religion - ils fuient aussi l'enfer des conflits claniques qui les opposent. Mais où aller ? La Grèce est entièrement occupée par les Turcs. Ils envoient alors des députés vers l'Italie, polycentralisée et non encore unifiée. Ils demandent asile à la Sicile, à Naples, au Vatican, à Venise, à Florence : c'est Gênes qui leur propose des terres sur la côte ouest de la Corse, où vivent encore aujourd'hui les descendants de ceux qui ont vécu cette grande aventure.

Deuxième étude.
Les troupes d'Ataturk ont vaincu les Grecs d'Asie Mineure. S'ensuit pour ces exilés un voyage vers la patrie mère, inconnue de la majorité d'entre eux, la Grèce (conformément à la décision du traité de Lausanne). En effet, la politique impose ses choix : les Turcs devront partir pour le nouveau territoire devenu la Turquie, les Grecs, alors sujets ottomans, découvriront une patrie mythique dont l'accueil ne sera pas vraiment à la hauteur de leurs attentes. Leur arrivée se fait dans la douleur : il n'existe pas de structures pour accueillir autant de réfugiés, dont le flot représentait environ un tiers de la population du royaume hellénique (5 020 000 habitants en 1920, avant le traité de Lausanne en 1923, contre 7 340 000 habitants après l'afflux des réfugiés. Les constructions d'immeubles ont été faites dans l'urgence et certains quartiers d'Athènes ont vu leur physionomie complètement transformée).
Après la Seconde Guerre mondiale et les deux guerres civiles qui en découlent en Grèce, au début des années 1950, l'économie du pays va mal, il n'y a pas d'argent. Il faut partir : les hommes vont s'embaucher à l'étranger et des villages entiers se vident. Commencent alors d'incessants voyages, chaque émigré espérant chaque fois un hypothétique voyage de retour qui serait définitif. Les familles vivent dans un meilleur confort grâce à l'argent envoyé par les émigrés, mais au prix du sacrifice et de l'absence. C'est aussi cette douleur que chantent ici les rembètika.