La Part de l'oeil, une ethnologie du Maghreb de France
2010
Slimane Touhami
ISBN : 978-2-7355-0723-8
280 p., 16 x 24 cm, ill., br.
Collection : Le regard de l'ethnologue
N° dans la collection : 24
Code Sodis : F30774.3
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Cet ouvrage rend compte de l’existence « derrière les murs fatigués d’une barre HLM, d’un enchantement qui, en bien des points, confine à la poésie. » À travers les discours et les gestes destinés à parer les menaces de l'Invisible, l’auteur nous fait découvrir une culture urbaine à la croisée des mondes. Par l’intermédiaire des femmes, et plus particulièrement des mères, il montre comment ces dernières sont à la fois les garantes d’une tradition séculaire et les passeuses de nouvelles façons d'être en exil, entre la France et le Maghreb.
Table des matières au format PDF.
Comptes rendus parus dans la presse :
adam (association d'anthropologie méditerranéenne)
14/12/2010
Compte rendu
Compte rendu en ligne sur Adam, Association d'anthropologie méditerranéenne.


"Cet ouvrage traduit le souci d’approcher l’expérience culturelle qui se tisse, jour après jour, dans le "Maghreb de France", cette diaspora née des vagues de migration du siècle dernier. A travers l’exemple de la relation à l’’aïn - l’œil, la fascination dans l’espace nord-africain, l’une des figures du malheur les plus couramment évoquées - il s’agit d’éclairer le lien entre des acteurs et une forme religieuse inscrite dans l’héritage culturel. Par un effort de recension des façons de faire et de penser, la démarche ethnographique permet d’accéder à un réel complexe, révélant, à l’heure du retour d’un culturalisme obtus, des modes d’expressions dynamiques ouverts au changement.
Saisir la place de l’’aïn en France, c’est nécessairement interroger des femmes qui s’imposent comme celles qui portent et mettent en pratique les savoirs. S’il renseigne sur les rôles féminins en exil, l’œil rend également compte d’autres aspects du quotidien des migrants et de leurs enfants. L’évocation du maléfice ouvre une lucarne sur le religieux, la parenté, la jeunesse et l’identité tels qu’ils se redéfinissent par-delà la mer. Ainsi s’esquissent, à travers la référence au regard mauvais, les contours d’une présence qui cultive sa part de singularité tout en participant à faire France.".

institut d'anthropologie clinique
14/06/2011 - Serge Escots
Compte rendu
Compte rendu en ligne de l'IAC (Institut d'Anthropologie Clinique) du 26 avril 2011

"En ces temps de tensions autour de la laïcité et de montée de la xénophobie sur fond de surenchère électorale, la lecture de l’ouvrage de Slimane Touhami, La part de l’œil : une ethnologie du Maghreb de France, paru l’an passé chez CTHS, nous reconnecte avec cette part d’identité chaleureuse qui habite notre imaginaire collectif.

Anthropologue et chercheur associé au centre d’anthropologie sociale de Toulouse, Slimane Touhami a mené une ethnographie de ce qu’il nomme le Maghreb de France. En effet, la « question » de l’immigration maghrébine ne s’envisage plus comme relevant d’un Maghreb en France, mais désormais, n’en déplaise à certains, comme du Maghreb de France. Avec près de deux millions de personnes originaires du Maghreb, la France est le pays où la présence musulmane est la plus élevée d’Europe. Pour autant, à la différence d’autres disciplines des sciences sociales et humaines, peu de travaux en ethnologie sont consacrés aux migrations.

L’auteur revisite la question des croyances magico-religieuses à partir d’une situation où les pratiques doivent s’ancrer dans le déracinement. Il montre que ces pratiques sont aussi des gestes identitaires en situation d’exil. Son travail, en distinguant comment cette question de croyances et de pratiques s’appréhende de manière différente selon que l’on est un homme ou une femme, met en évidence le rôle des mères dans la transmission. Aujourd’hui nos sociétés « désenchantées » s’étonnent devant tant de superstition. En mettant en perspective de nombreux exemples de sociétés paysannes, anciennes ou lointaines, l’auteur montre comment ces croyances relèvent d’une attitude anthropologique fondamentale face à la mauvaise et à la bonne fortune. Cet ouvrage met aussi en évidence les rapports complexes qu’entretiennent ces pratiques avec l’Islam. Car si l’Islam connaît ce qui fonde ces pratiques visant à prévenir ou soigner l’'aïn (le mauvais œil), le « regard néfaste » hante l’humanité depuis la plus haute antiquité, bien avant le prophète. D’ailleurs pour les musulmans qui revendiquent une certaine « rigueur orthodoxe », ces pratiques représentent une forme de « déviance ».

On le voit, ce livre bien documenté et structuré à partir d’un travail de terrain, fournit une mine d’information et une réflexion ethnologique à ceux qui souhaitent comprendre de l’intérieur une culture plurielle, mobile, dynamique, loin des clichés créés et véhiculés par la société du spectacle."

Ethnologie française
09/10/2012 - Marie-Luce Gélard
Compte rendu
Extraits du compte rendu paru dans Ethnologie française, XLII, 2012, 1

"Dans ce bel ouvrage, Slimane Touhami dépeint avec finesse un sujet original dont la pertinence anthropologique se révèle au long du texte : le mauvais oeil, l'ain en arabe. Cette arme de "l'envieux qui envie" a été peu étudiée ou de façon lapidaire au Maghreb, encore moins dans le "Maghreb de france". Ce travail vient donc combler par une description ethnographique riche et sensible un manque de travaux, sur et à propos de cette croyance au pouvoir néfaste du regard et de la pensée envieuse. (...)"