Entre tradition et innovation, de l'Italie à la France : quelques propos sur l'Accademia degli Incamminati et le problème de la réception et de l'utilisation des modèles (à paraître)
2009
Sandra COSTA

Extrait de : "Tradition et innovation en histoire de l'art (édition électronique)"
sous la direction de Jean-René Gaborit ; 131e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Grenoble, 2006

Dominique TRITENNE et Denis RIVAL, Roger HANOUNE, Ania GUINI-SKLIAR, Michel MARTZLUFF, Bernard LAUMONIER, Jean-Claude ALOISI, Elodie ISSAKHIAN, Laurence MACHET, Cédric AVENIER, Christine BLANCHET-VAQUE, Laure ALBERT, Laure FAGNART, Sandra COSTA, Sandrine KRIKORIAN, Rébecca DUFFEIX, Pierre SÉRIÉ, Christophe CORBIER, Hubert FRANÇOIS, France LECHLEITER,
Paris, Éditions du CTHS
2009
p.152-171
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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À travers le cas exemplaire de la réutilisation et de la référence aux modèles de l'école bolonaise du XVIIe siècle dans la peinture française, la communication se propose d'aborder quelques problèmes liés à l'utilisation d'un prototype esthétique qui, entre le XVIIe et le XIXe siècle, fut considéré d'abord novateur, puis classique et enfin académique. Ce modèle réussit cependant à proposer des solutions fonctionnelles aux exigences spécifiques et toujours différentes de la création artistique, même si parfois ce fut au prix de la déstructuration de son propre canon formel. Dans les années 1990, Jacques Thuillier écrivait que l'influence des Carrache sur l'art français était « du domaine de l'évidence » et que sans les Carrache tout son développement aurait été différent. L'évolution des études sur l'histoire du goût nous amène aujourd'hui à regarder avec un intérêt grandissant les modalités de la rencontre entre le passé et le présent. À la différence de celle d'influence, la notion de réception, qui n'exclut ni la rencontre, ni la réaction et qui offre une plus grande place au public, assume dans la recherche un relief grandissant. Parfois, la banalisation de la notion de classicisme a couvert ou simplifié les raisons qui ont conduit à la transmission et à la réélaboration d'un paradigme seulement apparemment stable dans le temps. Encore en 1897, Rosenthal affirmait que le jour n'était pas loin où on aurait admiré « ces tristes Bolonais » qu'on avait aimés hier et que l'on aimerait à nouveau demain. Cette communication abordera aussi la question de la manière dont la récupération des modèles, le revival ou la découverte, pour utiliser un mot de J. B. P. Le Brun, s'unissent au problème du tra-ducere, c'est-à-dire à la question des échanges et du passage d'une culture à une autre selon un écart, qui est à la fois chronologique et géographique. Selon F. Haskell, la limite entre le passé et le présent est assez proche et tout changement dans l'un risque de se répercuter sur l'autre. D'ailleurs, lorsque Cochin proposait comme modèle aux jeunes artistes le style des Bolonais, ce n'était pas pour admirer la tradition du passé, mais pour corriger les « vices » stylistiques du présent. Aujourd'hui, la recherche érudite de l'emprunt doit être complétée par l'examen des modalités qui ont permis la naissance d'un langage « moderne et français », à partir, entre autres, de l'étude de l'école de Bologne. De ce modèle, vont naître en effet des stéréotypes poli-contextuels, dans lesquels s'efface la syntaxe classique de la grande machine des Carrache.