Pour l'élaboration d'une peinture d'histoire « sociale » Le sommet de la hiérarchie des genres picturaux entre tradition et innovation
2009
Pierre SÉRIÉ

Extrait de : "Tradition et innovation en histoire de l'art (édition électronique)"
sous la direction de Jean-René Gaborit ; 131e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Grenoble, 2006

Dominique TRITENNE et Denis RIVAL, Roger HANOUNE, Ania GUINI-SKLIAR, Michel MARTZLUFF, Bernard LAUMONIER, Jean-Claude ALOISI, Elodie ISSAKHIAN, Laurence MACHET, Cédric AVENIER, Christine BLANCHET-VAQUE, Laure ALBERT, Laure FAGNART, Sandra COSTA, Sandrine KRIKORIAN, Rébecca DUFFEIX, Pierre SÉRIÉ, Christophe CORBIER, Hubert FRANÇOIS, France LECHLEITER,
Paris, Éditions du CTHS
2009
p.196-201
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Dès le début du XIXe siècle, la peinture d'histoire héritée de l'Académie royale de peinture et de sculpture (fondée en 1648) dut se repositionner au sein de la création artistique contemporaine. On élargit son répertoire à la peinture de figure grandeur nature de paysans, italiens d'abord, français ensuite. La peinture de « style » était née. Mais cette ouverture ne l'était qu'en trompe-l'œil : elle permettait d'apprivoiser à petite dose un réalisme distancié dans l'espace - le pittoresque italien - et dans le temps - le paysan appartient à un autre âge (qui n'a justement pas d'âge) pour le citadin arpentant le Salon. En aucun cas cette notion de « style » ne pouvait s'accommoder du frac et de la blouse bleue inhérents à l'univers industriel et urbain bientôt revendiqué comme sujet par les réalistes du Second Empire et de la IIIe République. La seule alternative de la tradition picturale pour survivre à l'épreuve de la modernité résidait dans un rééquilibrage des caractères constitutifs de la peinture d'histoire, son mode d'expression privilégié. Il fallut remplacer la primauté de la forme (la figure, le drapé) par celle du sujet : renouer avec une peinture « à histoire ». Ce sera l'épopée de l'ouvrier. La boucle était bouclée, l'innovation permettait de renouer les fils de la tradition : une peinture définie avant tout en terme de contenu. Sauf qu'à l'heure de la démocratisation accélérée, le nouveau héros serait collectif et bien réel : le peuple.