La fin du Creusot ou l'art d'accommoder les restes
2003
Octave Debary
ISBN : 2-7355-0533-2
189 p., 16 x 24 cm, ill. couleur, br.,
Collection : Le regard de l'ethnologue
N° dans la collection : 13
Code Sodis : F30546.2
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Un des traits fondamentaux de la modernité est la mise en mémoire, la mise en musée, forme particulière du rappel de l'histoire mais aussi de son oubli. À partir d'une enquête ethnographique de terrain, l'auteur raconte comment, après avoir été le temple de l'industrie métallurgique française, Le Creusot est devenu dans les années 1970 le théâtre d'un rassemblement contestataire cherchant à révolutionner l'histoire de la ville grâce à un musée. Le temps d'une génération se sont succédées des formes de muséographies qui ont accompagné le démantèlement d'un système de production paternaliste. La scène muséale érigée dans le château de la Verrerie, ancienne résidence patronale des Schneider, est devenue le lieu de cette histoire. Mais l'impossible mise en mémoire et en musée d'une histoire sans objets à exposer (ceux des Schneider ayant quitté la ville et ceux de l'industrie étant encore en activité) a provoqué l'avènement de l'écomusée comme nouvelle muséologie.

Cet écomusée a-t-il rejoué l'histoire et la destitution d'un paternalisme culturel dans la mise en scène d'un musée vivant ? Cette muséographie ne serait alors qu'une solution de compensation. Mais n'est-ce pas là la fonction de ce type de musée : venir toujours trop tard ? La seule réponse que notre société fournit à la reconversion industrielle serait-elle la reconversion culturelle de son histoire par la théâtralisation de son oubli ?
Table des matières :
Avant-propos - p. 9 Prologue - p. 15 Première partie : Le temps perdu Chapitre 1 - p. 19 A. Schneider : une famille, une entreprise, une ville ? - p. 19 B. Dons - p. 21 Chapitre 2 - p. 29 A. Un projet de musée - p. 29 B. Un... (lire la suite...)
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Comptes rendus parus dans la presse :
La Revue (Musée des arts et métiers)
31/07/2003 - Jacqueline Eidelman pour "La Revue-musée des arts et métiers", n°38, juin 2003
Notes de lecture
Extraits, pp.67-68 :

En France, les études d'histoire des musées de société (et l'on peut y inclure ceux qui se consacrent aux sciences et aux techniques en tant que faits sociaux) sont encore rares et d'une facture assez convenue (souvent plus monographique qu'analytique). Le passionnant ouvrage que consacre Octave Debary à l'écomusée de la communauté urbaine du Creusot-Monceau-les-Mines vient tout à la fois compléter cette courte série et en renouvelle le genre. Voici un livre qui ne se contente pas de documenter l'une des expériences muséales les plus inventives de ces trente dernières années, mais qui, comme un écho à son sujet, innove à la fois dans l'optique, le ton et l'écriture. Ce faisant, il surprend et dérange.
Il surprend ceux qui s'attendaient à une socio-histoire classique... En effet, et c'est ce qui fait l'originalité du point de vue, la posture de l'auteur est celle de l'anthropologue : celui qui interroge...


Annales de Bourgogne
01/09/2003 - Françoise Fortunet pour les Annales de Bourgogne, t.74, fascicule 3, 2002
"Travaux et recherches"
Extraits pp.417-419 :

(...) La lecture est fluide, avec des passages vivifiants même, la présentation est soignée et le texte est agrementé de photographies de Gilles Saussier aux finalités interprétatives du sujet traité. L'auteur ne craint pas de passer au crible de l'examen critique les politiques conduites "sur les cendres de l'empire Scheneider" à travers l'évolution d'une des institutions parmi les plus renommées dès sa création, à savoir l'Écomusée du Creusot-Monceau-les-Mines. Pour ce faire, Octave Debary se livre à l'analyse microscopique de la scène muséale qui a été élevée dans la ville industrielle du Creusot et y suit les étapes de ce qu'il signifie une leçon "d'économie des restes", qu'il conduit en se risquant à un parallèlle audacieux avec le système de tri sélectif des déchets ménagers adopté par la Communauté urbaine Le Creusot-Montceau au cours de la dernière décennie du XXème siècle. L'analyse est fondée sur un appareil de références anthropologiques, ethnologiques, sociologiques et philosophiques des plus complets et appropriés et peut ainsi se réclamer de constituer une démarche véritablement scientifique.
(...) La scène du Creusot industriel n'est pas un lieu unique, d'autres sites ont connu à la même époque le même naufrage. Il convient de s'interroger sur les leçons des politiques qui y ont été développées pour gérer les restes, de l'arasement pur et simple au travestissement marchand. la confrontation, ou l'évocation des expériences, ne serait-elle pas de nature à fournir les éléments non seulement d'une confrontation des arts pratiqués, mais plus encore de la construction de stratégies et d'outils mieux adaptés à la volonté de sauvegarde patrimoniale qui peut y être présente. (...)

La Lettre de l'OCIM
10/03/2004 - André Desvallées pour "La lettre de l'OCIM", septembre-octobre 2003, pp.64-66
Bibliographie. Notes de lecture
Extraits :

Le livre d'Octave Debary nous raconte l'histoire de la fin du Creusot, Le Creusot capitale de l'industrie et Le Creusot paradigme des écomusées, une histoire culturelle en même temps qu'une histoire industrielle, histoire complexe, à la fois sociale et institutionnelle. Ce livre se lit comme un roman. Non pas qu'il ne soit aussi scientifique que tout autre travail universitaire, mais son auteur a le génie de l'écriture et, parfois, ayant à compléter une analyse ou simplement l'illustrer, il va jusqu'à faire basculer son discours dans la fiction pure, voire dans la poésie, convoquant les plus grands - ou se haussant jusqu'à eux. Non conforme au moule, certes ! Mais cela nous change des raisonnements filandreux et abscons de nombreux épigones des grands philosophes ou sociologues du siècle passé.
(...)

Annales. Histoire, Sciences sociales
23/02/2006 - Philippe Braunstein
Compte-rendu
(...) On pouvait imaginer que Le Creusot, fleuron de l'industrie métallurgique française, "ville-usine" par excellence, deviendrait l'un des sites où l'archéologie industrielle imposerait le sauvetage programmé de structures fonctionnelles de production. Mais ce ne sont pas les ateliers sidérurgiques, la halle des grues et des locomotives qui devinrent les enjeux de la conservation. Non, c'est un lieux symbolique, le château de la Verrerie, résidence de la famille Schneider...