De l'atelier à l'usine : la manufacture de céramique de l'Albinque à Castres, vers 1820-1936
2009
Jean-Michel MINOVEZ

Extrait de : "Les arts du feu (édition électronique)"
sous la direction de Nicole Meyer-Rodrigues et Michel Bur, 127e Congrès National des Sociétés Historiques et Scientifiques, Nancy, 2002

Yves HENIGFELD, Marie GLOC, Francis ROUSSEL, Joëlle GUIDINI-RAYBAUD, Marc LEROY, Richard HERBACH, Thierry VIOLLET, Philippe FLUZIN, Mireille-Bénédicte BOUVET, Claude MAZAURIC, Charles KRAEMER, Guillaume HUOT-MARCHAND, Martine VOIRIN, Murielle GEORGES-LEROY, Dominique HECKENBENNER, Bertrand HOERNER, Renée LANSIVAL, Nicolas MEYER, Édith PEYTREMANN, Marilyne PREVOT, Pascal ROHMER, Jean ROSEN, Henri AMOURIC, Lucy VALLAURI, Jean-Louis VAYSSETTES, Jean-Michel MINOVEZ, Christian LECOMTE, Jacques THIRIOT

2009
p.254-271
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

  Télécharger le document (les articles de plus de 3 ans sont gratuits)

Vers 1820, une manufacture de poteries et de « faïences communes » à pâte tendre est créée à Castres dans le quartier de l'Albinque. Fabricant à l'origine des produits de basse qualité, l'établissement n'acquiert de l'importance que dans la seconde moitié du XIXe siècle sous l'impulsion de ses nouveaux propriétaires, les Ducros. Spécialisée dans la céramique culinaire et la vaisselle de table, la manufacture est surtout reconnue pour ses faïences jaunes alors qu'elle produit aussi des terrines tigrées, des poteries à feu, des pavés vernis, des suspensions et des cache-pots artistiques. À la Belle Époque, bien qu'ayant connu un début de mécanisation, la production reste encore largement artisanale : les décors sont encore effectués au pinceau par des artistes, comme l'attestent les assiettes aux décors floraux de cette époque. Dans les années 1910, l'entreprise connaît une importante réforme structurelle. Elle débute la fabrication de demi-porcelaines opaques et imprimées et adopte un matériel et des procédés modernes de production ; la manufacture devient alors réellement usine. La politique commerciale se fait plus agressive : on a recours à des succursales et à des voyageurs de commerce, les produits sont proposés avec de nombreuses variétés de décors réalisés par impression, au pochoir, au tampon, à l'aérographe. Si les décors au pinceau perdurent, ils ne sont plus effectués par des artistes mais par de simples peintres ou décorateurs. Ces mutations s'effectuent dans le cadre d'une société au capital qui reste majoritairement familial. Cela rend l'entreprise fragile face aux grandes sociétés anonymes de faïencerie qui profiteront de la dépression des années 1930 pour acheter puis fermer l'usine de l'Albinque en 1936. Cette étude de cas représente un bon exemple d'un passage dans la durée d'une activité artisanale à l'industrie par la mécanisation de la production, la professionnalisation des tâches et l'industrialisation des décors dans un secteur industriel peu étudié à ce jour. Elle met aussi en évidence le décalage qui existe entre l'innovation et l'introduction de nouveaux savoir-faire ; la permanence de pratiques et de procédés en apparence archaïsant n'a pas empêché, en effet, l'établissement de se maintenir et même de se développer. De la même manière, l'étude permet de montrer que l'adaptation technique de l'entreprise ne l'empêche pas de disparaître, sa taille et les moyens de financement paraissant insuffisants.