« Causa defendende et extollende christianitatis. » La vocation maritime des ordres militaires en Provence (XIIe-XIIIe siècles)
2009
Damien Carraz

Extrait de : "Les Ordres militaires et la mer (édition électronique)"
sous la direction de Michel Balard ; 130e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, La Rochelle, 2005
2009
p. 21-46
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Une longue tradition d'échanges spirituels et commerciaux reliait déjà la Terre sainte à la Provence, lorsque cette dernière région devint une base arrière essentielle dans l'organisation des croisades et, par conséquent, un terrain d'expansion privilégié pour les ordres militaires. Dès les années 1110 pour l'Hôpital, deux décennies plus tard pour le Temple, les commanderies investirent les villes et notamment les centres portuaires, fluviaux ou maritimes.
Il s'agit en premier lieu de présenter une vision d'ensemble de la présence des ordres militaires, puis d'évoquer les caractéristiques topographiques de leur implantation dans les sites les mieux documentés, tels que Marseille, Saint-Gilles, Arles ou Avignon. L'examen des activités maritimes des frères ne va pourtant pas de soi, car la documentation conservée reflète surtout l'image de propriétaires fonciers, profondément attachés à la terre. Il est possible, cependant, d'évoquer les modes d'exploitation des ressources aquatiques (pêcheries, exploitations salines), même si on ne peut déterminer les parts respectives destinées à l'autoconsommation des communautés religieuses et à la vente. Le transport de pèlerins et de marchands sur les navires affrétés par les ordres militaires constituait assurément l'activité la plus lucrative. Si le rôle de ports de croisade comme Saint-Gilles et Aigues-Mortes est laissé dans l'ombre, à partir des années 1230, les riches archives marseillaises mettent en lumière les liens étroits que les milieux négociants avaient développés avec les deux ordres et dévoilent l'activité de la dizaine de naves que ces derniers entretenaient dans le port « phocéen ». Il faut encore attendre le XIIIe siècle pour qu'une documentation souvent externe aux commanderies - privilèges pontificaux et princiers, cartulaires notariés - lève un voile sur le cœur de la mission de l'Hôpital et du Temple : l'acheminement des hommes et du matériel au secours de l'Orient latin, ainsi que l'aide logistique destinée à la préparation de la Ire croisade de saint Louis. Les différents projets de passage outre-mer, qui voient déjà l'Hôpital supplanter son concurrent, montrent pour finir qu'au début du XIVe siècle, la Provence reste plus que jamais au cœur de la politique orientale de la papauté et de la monarchie capétienne.