Le temps partagé de la sensation olfactive
2009
Joël CANDAU

Extrait de : "Temps en partage (édition électronique)"
sous la direction de Joël Candau ; 129e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Besançon, 2004
Paris, Éditions du CTHS
2009
p. 47-56
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Lorsque l'odeur des corps en décomposition est insupportable, certains fossoyeurs ou thanatopracteurs se mettent « en apnée ». Ils s'abstraient ainsi du temps de la sensation. Proust, inversement, s'expose narines et papilles ouvertes aux impressions gustato-olfactives laissées par la petite madeleine. Son projet est connu : retrouver le temps perdu de la sensation et tout son contexte émotionnel. Entre cette sensation et le temps, les liens sont serrés : toute sensation dure. Cette durée peut-elle être partagée, ce qui est une condition nécessaire pour qu'une expérience sensorielle puisse être qualifiée de sociale ou de culturelle ? Si elle l'est, selon quelles modalités ? Une hypothèse, banale, voit dans le langage l'intermédiaire par lequel sont focalisées culturellement les expériences sensorielles individuelles. L'article montre qu'on peut effectivement repérer parmi les descripteurs olfactifs utilisés dans le langage naturel des termes qui évoquent davantage que d'autres la durée de la sensation. Dès lors, on peut légitimement affirmer que quelque chose de cette durée est effectivement partagé par les individus qui vivent la même expérience sensorielle et qui en rendent compte par un même langage.