Le temps de la réclusion
2009
Philippe HAMEAU

Extrait de : "Temps en partage (édition électronique)"
sous la direction de Joël Candau ; 129e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Besançon, 2004
Paris, Éditions du CTHS
2009
p. 57-68
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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La pratique graphique est inhérente au milieu carcéral malgré son caractère transgressif. Graffiti rime souvent avec prison à moins que ce ne soit, plus largement, avec réclusion, que cette dernière soit imposée, provoquée, consentie ou recherchée. Les lieux de la réclusion sont donc diversifiés, leurs corpus iconographiques le sont souvent moins.
Le décompte du temps y est récurrent et emprunte maintes formes, depuis les discrètes encoches en rythmes hebdomadaires jusqu'aux calendriers richement ornés qui semblent magnifier le séjour de leur auteur. Les dates de début et de fin de réclusion sont incontournables, comme les deux parenthèses d'un temps en marge du quotidien. Un bref passage est plus sommairement situé dans le temps. Il est des chronologies collectives, des « agendas » qu'on tient à plusieurs ou qu'on se réapproprie. Les phrases elles-mêmes évoquent un temps révolu ou un temps de l'espoir, des souvenirs et des projets, et ne se réfèrent pas nécessairement à l'instant présent. Le temps atmosphérique lui-même est traité comme un moyen de se projeter dans un espace extérieur, changeant et non plus monotone.
On se propose de démontrer que de tels graffitis ne servent pas uniquement à « tuer le temps ».