Approche sociologique du temps dans l'improvisation musicale
2009
Antoine PÉTARD

Extrait de : "Temps en partage (édition électronique)"
sous la direction de Joël Candau ; 129e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Besançon, 2004
Paris, Éditions du CTHS
2009
p. 81-90
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Le temps de l'improvisation musicale est résolument distinct de celui de la musique écrite. Le musicien joue (est censé jouer) alors même qu'il élabore son discours musical. De sorte que l'improvisateur entretient un rapport au temps ambigu. Celui-ci est perçu comme une contrainte, puisque l'instrumentiste ne peut faire marche arrière et corriger une erreur, comme le ferait un compositeur. Mais d'autre part, le rapport au temps est également habilitant, puisque l'improvisation, tant qu'elle n'est pas enregistrée, ne laisse pas de trace écrite, ce qui limite la portée spatio-temporelle d'un éventuel échec.
Mais plus encore, l'inscription temporelle de l'improvisation conditionne l'émergence de l'idéologie du don, qui est si volontiers associée à cette pratique musicale. L'improvisateur ne peut être perçu comme récipiendaire d'un don que parce qu'il se situe dans le temps de l'urgence. Tout travail préparatoire de son intervention musicale est radicalement proscrit car il altère ce rapport au temps particulier et annihile ainsi toute idée de don. De ce fait, certains improvisateurs ont recours à des techniques de dramatisation visant à renforcer le caractère spontané de leurs improvisations.