Les médias, vecteurs des nouvelles représentations du temps en Afrique subsaharienne au XXe siècle
2009
André-Jean TUDESQ

Extrait de : "Temps en partage (édition électronique)"
sous la direction de Joël Candau ; 129e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Besançon, 2004
Paris, Éditions du CTHS
2009
p. 131-142
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Le contact avec les Européens et surtout l'époque coloniale ont introduit en Afrique subsaharienne une nouvelle pratique du temps et de sa mesure. Les médias ont largement contribué à cette mutation. Ne touchant au départ qu'un très faible nombre d'Africains, ce nombre s'est accru lentement, au temps de la seule presse écrite, puis plus rapidement après l'implantation de la radio, suivie de la télévision. Ils n'ont pas seulement modifié le rapport au temps dans sa mesure par leur périodicité, mais aussi par leur contenu dans un élargissement spatio-temporel.
Introduite au tout début du XIXe siècle, la presse n'a commencé à toucher les Africains qu'au milieu du siècle, surtout dans les villes sous domination anglaise, et par les missions protestantes ; elle n'a commencé à influencer une minorité réduite mais active qu'à la fin du XIXe siècle, en Afrique du Sud ou dans l'Afrique de l'Ouest anglaise. Nous insistons davantage sur la radio devenue peu à peu, dans la seconde moitié du XXe siècle, le média le plus répandu et le mieux africanisé. Sa plus grande fréquence de diffusion ainsi que sa diversité (des radios internationales aux radios rurales) lui assurent le plus d'influence sur les comportements et les mentalités.
Les médias accentuent la confrontation entre le temps minuté, inspiré des sociétés industrielles, aggravé par la mondialisation, et la pratique africaine du temps, rythmé par les saisons, les fêtes traditionnelles ou les cérémonies d'initiation, avec un très large éventail de situations, depuis les citadins, grands consommateurs de médias vivant au rythme du temps occidental jusqu'aux ruraux, vivant surtout (mais pas seulement) au rythme du temps traditionnel.