Entre endémisme et mondialisation Les relations scientifiques entre l'Ancien et le Nouveau Monde, quelques exemples géologiques
2010
Alain COUTELLE

Extrait de : "Échanges scientifiques et techniques, d'une rive atlantique à l'autre (édition électronique)"
sous la direction de Gérard Pajonk ; 133e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Québec 2008

Alain COUTELLE, Mélanie DESMEULES, Nicolas HATZFELD, Stéphanie TESIO, Pierre DEMERS, Ginette GABLOT, Laurence MACHET, Jean-Christophe FICHOU, Dominique GUILLE, Michèle VIROL, Jocelyne PELLERIN, Jean-Claude AMIARD, Yves-François LE COADIC
2010
p. 9-26
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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La géologie naît en Europe au XVIIe siècle, s'organise et se définit progressivement puis, à partir de la fin du XVIIIe siècle, essaime dans ses zones d'influence. Contrairement à d'autres disciplines scientifiques, elle se base sur des observations localisées sur un terrain précis et a un débouché plus ou moins direct dans la mise en valeur des richesses minérales d'un pays. Il ne faut donc pas s'étonner qu'au cours des périodes pionnières de découverte et de mise en valeur, des « géologies » particulières aient pu apparaître et qu'elles aient pu maintenir leur différence avant que le développement des échanges, n'amène leur disparition à plus ou moins longue échéance.
À titre d'exemple, la développement de la géologie algérienne en contradiction avec la géologie métropolitaine a pu se faire dans le contexte de la colonisation. Ce particularisme n'a pas résisté à l'indépendance de l'Algérie. Dans la même veine, les géologues du Nouveau Monde se sont souvent écartés des méthodes, concepts et conventions de leurs confrères européens. Ainsi, aux étages temporels si chers au vieux monde, se sont substituées les formations au contenu lithologique homogène mais aux âges indécis et de valeur locale. L'étude critique des étages cénozoïques californiens et des variations de l'âge de la phase laramienne en Californie donnent un bon exemple de l'avantage qu'il y a à ne pas oublier les méthodes éprouvées du « vieux monde ». La préhistoire argentine fournit un autre exemple d'une originalité qui n'a pu résister à la « mondialisation ». Il est vrai que faire de la pampa le lieu originel de l'apparition du genre humain, comme le voulait Florentino Ameghino à fin XIXe siècle, était risqué.
La logique scientifique, l'accroissement des échanges, le travail des comités de lecture internationaux, etc. éléments de ce que l'on peut appeler la « mondialisation », finissent par résorber les originalités quand elles s'écartent par trop de la norme. On peut toutefois s'inquiéter de l'emballement actuel des communications, qui tend plutôt à la généralisation des conformismes et des modes qu'au développement de l'originalité et de la liberté.