Les mouleurs dans la production céramique antique : de l'artisan à l'ouvrier ?
2011
Arthur MULLER

Extrait de : "Les travailleurs dans l'Antiquité : statuts et conditions (édition électronique)"
sous la direction de Jean-Paul Morel ; 127e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Nancy, 2002

Jean-Paul MOREL, Catherine CHADEFAUD, Philippe JOCKEY, Arthur MULLER, Marion MULLER-DUFEU, Gilles SAURON, Marcus KOHL, Yann LE BOHEC, Fabienne OLMER, Michel CHRISTOL, Jean-Paul PETIT, Pascale CHARDRON-PICAULT†, François BARATTE, Roger HANOUNE, Chantal VOGLER

2011
p. 46-55
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)
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La technique du moulage s'est imposée en Grèce à partir du viie siècle pour la fabrication en masse d'un certain nombre de produits manufacturés en terre cuite : les figurines d'abord, puis les terres cuites architecturales, avant de s'étendre, à l'époque hellénistique, aux lampes et à diverses catégories de vases, en particulier ceux décorés de reliefs, toutes productions que connaît aussi le monde romain. Malgré son importance par les quantités produites, les textes et l'iconographie antiques ignorent pratiquement ce mode de production fondamentalement mécanique et ceux qui le pratiquent. Ce n'est donc que par l'analyse des produits eux-mêmes et parfois des installations de production que l'on peut essayer d'entrevoir la condition et le statut des artisans-mouleurs.
On évoque d'abord l'augmentation de la demande et surtout le manque de main d'œuvre qualifiée qui paraissent être à l'origine de ce mode de production. On analyse ensuite ses conséquences : sur la séparation des compétences, entre des « artistes », créateurs des prototypes, et de simples tâcherons, reproducteurs peu soucieux de qualité ; sur l'organisation et la division du travail au sein des officines et ateliers, le façonnage n'étant plus qu'une étape dévalorisée et délocalisable de la chaîne opératoire, entre la préparation du matériau et la cuisson, bien plus techniciennes et liées à des installations ; sur les modes de diffusion des « modèles », chaque objet étant susceptible d'être reproduit par surmoulage, n'importe où et par n'importe qui. On aborde également la question des signatures présentes sur certaines catégories de produits moulés, en soulignant les difficultés de leur exploitation.
Est surtout envisagé le cas des mouleurs dans le monde grec : mais on exploite également quelques exemples du monde romain occidental, pour lequel la plupart des réflexions développées ici restent valables.