Artiste ou artisan : quelques pistes pour aborder ce problème dans l'Antiquité classique
2011
Marion MULLER-DUFEU

Extrait de : "Les travailleurs dans l'Antiquité : statuts et conditions (édition électronique)"
sous la direction de Jean-Paul Morel ; 127e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Nancy, 2002

Jean-Paul MOREL, Catherine CHADEFAUD, Philippe JOCKEY, Arthur MULLER, Marion MULLER-DUFEU, Gilles SAURON, Marcus KOHL, Yann LE BOHEC, Fabienne OLMER, Michel CHRISTOL, Jean-Paul PETIT, Pascale CHARDRON-PICAULT†, François BARATTE, Roger HANOUNE, Chantal VOGLER

2011
p. 56-65
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)
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On peut légitimement s'interroger sur la place que les sociétés antiques assignaient à leurs artistes et se demander comment elles les considéraient. L'examen d'un certain nombre de faits nous permettra d'apporter une réponse relativement claire à cette question.
Tout d'abord, par leur étymologie, les termes qui désignent l'art en grec et en latin se rattachent généralement à des domaines qui touchent au savoir-faire pratique, plutôt qu'à l'esthétique. Aucune Muse ne préside d'ailleurs aux arts plastiques. Contrairement au poète, au musicien ou au danseur, ni le peintre, ni le sculpteur ne semble pouvoir être habité par la divinité.
Les textes nous renseignent aussi sur la façon dont les contemporains, ou les générations ultérieures, considéraient les artistes : selon quels critères leur reconnaissait-on ce statut ? de quelles qualités particulières les créditait-on dans ce cas ? Les progrès notés par les «historiens de l'art» sont le plus souvent des innovations techniques. Et les inscriptions nous montrent que les artistes ne sont guère mieux payés que des artisans.
Cependant, on ne peut nier que les artistes ont joui, et ce dès l'époque archaïque, d'une réputation particulière : mémoire soigneusement recueillie des noms et des innovations qui s'y rattachent, signatures, parfois très singulières, des artistes eux-mêmes, anecdotes sur la richesse de certains.
Enfin, à mesure que le temps passe, on voit apparaître de véritables amateurs, mécènes comme Arché de Macédoine, - ou, dans un autre registre, Alcibiade à Athènes, - qui cherchent à s'attacher les services de certains artistes, ou collectionneurs comme le seront les rois de Pergame puis certains riches Romains. Cette tendance n'est peut-être pas si récente : quel sentiment poussait par exemple les Étrusques à se procurer des vases grecs et à les déposer dans leurs tombes ?
Au-delà des constatations que nous suggèrent les faits de langue, il reste clair que l'Antiquité n'est pas restée insensible à la fascination de l'art, et que l'artiste y a trouvé peu à peu les principes qui lui ont donné le statut que nous lui reconnaissons de nos jours.