Veuves, religieuses et servantes à Toulouse. Trois rôles sociaux féminins traditionnels de l'Ancien Régime au XIXe siècle
2010
Georges Hanne

Extrait de : "Les Femmes, supports de la tradition ou actrices de l'innovation ? (édition électronique) "
sous la direction de Nicole Lemaitre, introduction par Isabelle Brian et Nicole Lemaitre ; 131e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Grenoble, 2006

Paris, Éd. du CTHS
2010
p. 67-78
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)
Co-édition: Éd. du CTHS

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À partir de l’analyse de sources fiscales et corporatives, le cas toulousain permet d’envisager le rapport à la tradition qu’entretiennent trois figures féminines particulièrement visibles dans les sociétés urbaines d’Ancien Régime. Il s’agit aussi, en s’appuyant cette fois sur les premiers recensements locaux, d’envisager les modifications qui les affectent à l’issue de la Révolution, ainsi que l’évolution de leur place dans la société locale.
Ainsi, les statuts des corporations montrent que les veuves constituaient sous l’Ancien Régime un rouage essentiel dans la transmission intergénérationnelle des métiers. Parallèlement, le féminin s’incarnait dans le personnage de la religieuse, dont le retrait hors du marché matrimonial favorisait la préservation du patrimoine familial et qui faisait figure de médiatrice dans l’économie des échanges symboliques avec Dieu. Comme domestiques, les femmes du peuple faisaient massivement l’expérience d’un rapport de subordination personnelle, fortement lié aux représentations de la société traditionnelle.
Or, après la Révolution, la disparition des corporations a occulté la prévalence de la parenté dans l’accès aux métiers, alors que la destruction des ordres religieux et leur lente et incomplète résurgence ont drastiquement contracté les effectifs conventuels. Quant au personnel de maison, s’il s’est féminisé, il s’est aussi professionnalisé, et son volume global a sensiblement diminué. Désormais, au-delà des représentations dominantes et des formes juridiques, qui perpétuent l’assignation domestique des femmes, celles-ci semblent moins fermement attachées à la tradition et leur visibilité s’accroît en tant qu’individus et en tant que travailleuses.