Aux racines de l'humanitaire. L'intervention sociale des femmes dans la ville selon Vincent de Paul
2010
Pierre Michelin

Extrait de : "Les Femmes, supports de la tradition ou actrices de l'innovation ? (édition électronique) "
sous la direction de Nicole Lemaitre, introduction par Isabelle Brian et Nicole Lemaitre ; 131e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Grenoble, 2006

Paris, Éd. du CTHS
2010
p. 57-66
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Le début du XVIIe siècle a montré ce dont étaient capables les femmes en situation de pouvoir : Vincent de Paul en est témoin. Cette histoire a commencé par un incident banal qui a conduit Vincent à organiser un service d’assistance aux malades et aux pauvres, la confrérie de Charité (1617). Par la suite beaucoup de dames « de condition » en font partie : or, elles sont peu habituées aux tâches viles et ingrates. Vincent en vient donc, en 1633, à former des filles dévouées, qui deviennent « Filles de la Charité ». Pour ce faire, il se tourne vers des filles de la campagne, solides et efficaces, qui ont pour mission d’aller soigner les pauvres chez eux. Il veut qu’on ne les connaisse pas comme des religieuses : leur cloître, ce sont les rues de la ville. Double innovation : un statut de femmes libérées du couvent, auxquelles on fait acquérir un nouveau professionnalisme. Par contre, à la fin du xviie siècle, pour elles, comme pour le clergé des campagnes, un cléricalisme aux habits sombres va contribuer à organiser une isolation et une séparation verticale : souci de fortifier désormais non plus les châteaux, mais les gens d’Église. Et une autre évolution marque alors la dissymétrie établie entre les « Filles de la Charité » et les hommes d’Église, eux que la sacralisation fait désormais appeler « pères ».