Le marquis Louis de Vaulchier du Deschaux (1807-1882) : un voyageur atypique
2010
Anne-Laure Girard-Madoux

Extrait de : "L'attrait d'ailleurs, images, usages et espaces du voyage à l'époque contemporaine (édition électronique)"
sous la direction de Laurent Tissot ; 130e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, La Rochelle, 2005
Paris, Éd. du CTHS
2010
p. 71-87
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Issu d’une famille franc-comtoise de noblesse « seconde » deux fois centenaire, Louis de Vaulchier voit sa vie brisée par son refus de servir la monarchie de Juillet et son veuvage. Il se fait voyageur entre 1837 et 1845, conjurant « la malédiction de l’oisiveté » en érigeant le voyage en mode de vie. Après l’Italie, il visite trois fois « l’Allemagne » – terme impropre désignant des régions très diverses réunies dans la Confédération germanique. Nous nous appuierons sur deux de ces périples, effectués de juin à août 1844 et de juillet à août 1845, et dont les récits dévoilent nettement une « éthique de voyage ». Héritière d’une tradition aristocratique cosmopolite et cultivée, reprenant à son actif des aspects du « grand tour », elle se veut infléchie par la sensibilité romantique du premier XIXe siècle, dont Louis apparaît très marqué. Plus remarquable toutefois est le caractère indépendant, voire individualiste de ce voyageur, qui, loin de suivre à la lettre les conventions de l’époque et la tutelle des guides, se forge un itinéraire très personnalisé. Cette subjectivité se retrouve aussi dans ses journaux. Plus que de simples corpus arides de descriptions érudites, rédigés pour des proches, ils sont autant de méditations politico-philosophiques et poétiques. L’écriture du voyage devient alors celle de l’intime, et par là même l’achèvement du parcours tant géographique qu’intérieur.