Le voyage, nouvel élément moteur dans la formation artistique des jeunes peintres français : prix et bourses de l’administration des beaux-arts aux exposants du Salon (1874-1900)
2010
Pierre SÈRIÉ

Extrait de : "Le voyage, un principe de formation (édition électronique)"
Sous la direction de Hélène Say ; 130e congrès national des sociétés historiques et scientifiques, La Rochelle, 2005
Thierry Sauzeau, Jean Hiernard et Pascal Rambeaud, Pierre Sèrié, Philippe Marchand, Michel Mieussens, Pierre Moulinier, Jean Saint-Martin, Denis Jallat, Reine-Claude Grondin

Éditions du CTHS
2010
p. 38-49
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Dans l’histoire de la peinture française, le voyage institutionnalisé par le Grand Prix de Rome et le séjour à l’Académie de France se limitait à la ville éternelle. Un règlement plus ou moins respecté en fonction du zèle des directeurs rendait les déplacements difficiles et toujours ponctuels. L’obligation de réaliser un certain nombre d’exercices codifiés ne laissait guère de temps aux excursions en dehors du Latium. Dans tous les cas, sortir d’Italie était proscrit. Alors que l’Académie défend très tard encore cet exclusivisme romain, la Direction des beaux-arts prend l’initiative de créer d’abord le Prix du Salon (1874), puis les Bourses de voyage (1881). Dans les deux cas, il s’agit d’ériger le voyage d’étude en principe de libre formation des artistes. Ils décident eux-mêmes de leur destination et ne sont tenus à aucun travaux. On exige simplement qu’ils puissent prouver leurs périples : le voyage devient une fin en soi et tout comportement sédentaire réprouvé. La correspondance des intéressés avec le directeur des beaux-arts et les comptes rendus des inspecteurs sont autant de témoignages précieux mais encore relativement peu exploités (Archives nationales, F214109 à 4120). De cet ensemble se dégagent des orientations symptomatiques. D’abord la difficulté pour les intéressés d’appréhender la notion de voyage comme une valeur positive dans leur formation et non simple dilettantisme. Cette prise de conscience progressive s’accompagne, ensuite, de la sortie du strict dialogue franco-italien avec l’élaboration d’un nouveau « grand tour », des Flandres à la Sicile, de Tanger à Dresde. Toutefois, ce tardif bouleversement dans la politique officielle, se heurte à une réalité nouvelle : Paris, devenue capitale universelle des arts, l’opportunité du voyage à l’étranger divise plus que jamais les jeunes artistes.