De l’histoire privée à l’histoire publique. L’exemple du palais Soubise
2010
Philippe Béchu

Extrait de : "Images militantes, images de propagande (édition électronique)"
Sous la direction de Christian Amalvi
132e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Arles 2007
Éd. du CTHS
2010
p. 23-33
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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L’ouvrage publié par Christian Taillard et Philippe Béchu pourrait être présenté de la manière suivante : l’idée générale est celle d’un passage de l’histoire familiale à l’histoire de France, concrétisée par l’installation des Archives nationales dans l’hôtel de Soubise en 1808.
Le décor allégorique de l’hôtel illustre une histoire mythique, celle d’une famille revendiquant une origine qui ne l’est pas moins. De ce point de vue, l’hôtel de Soubise n’existe pas en tant que tel. C’est un monument élevé à la gloire familiale, un « palais de représentation ».
L’histoire, ou plutôt les histoires, sont donc partout présentes. Il y en a en effet deux. La première, générale, se retrouve à travers la représentation classique de Clio tandis que la seconde, privée, est illustrée par la surabondance du décor héraldique dont subsistent plusieurs témoignages, tant dans la pierre, le fer ou le bois, que sur les documents. Ainsi les plans qui nous sont parvenus illustrent-ils, par l’ampleur de projets sans équivalent dans l’architecture privée du début du XVIIIe siècle, un « orgueil lignager » lui aussi hors normes.
De ce double point de vue, l’hôtel de Soubise est déjà la maison de l’histoire, même s’il s’agit d’une histoire magnifiée, voire falsifiée. La double représentation de Clio écrivant sur les ailes du temps, dans le salon du prince et à l’imposte du portail d’entrée de l’hôtel – celle-ci sculptée sous Louis Philippe – témoigne d’une manière éclatante de la rencontre de ces deux passés.