La Révolution française vue par les images d’Épinal : entre patriotisme et propagande républicaine
2010
Jean-Paul Rothiot

Extrait de : "Images militantes, images de propagande (édition électronique)"
Sous la direction de Christian Amalvi
132e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Arles 2007
Éd. du CTHS
2010
p. 49-71
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

  Télécharger le document (les articles de plus de 3 ans sont gratuits)

Nettement moins connues que les images sur l’Empire, sinon complètement inconnues, une trentaine d’images de la Révolution française ont été retrouvées dans les fonds du musée de l’Image, de l’imagerie d’Épinal et auprès d’un collectionneur.
L’imagerie d’Épinal, fondée en 1797, n’a pas gravé, sur le moment, d’images de la Révolution. Les premières datent de la monarchie de Juillet, ce sont de grandes images des combats de la Révolution : Bataille de Fleurus (1837), La Prise de la Bastille (1839), Le Vengeur, combat naval (1842), et un portrait de Kléber, gloire nationale (1839). En 1847, une planche bilingue présente en douze vignettes les Époques mémorables de la Révolution.
Sous la IIIe République paraissent quatorze images qui participent, sinon à la propagande républicaine, du moins à l’éducation républicaine et patriotique. Deux présentent les chants patriotiques : La Marseillaise (parue en 1871 et 1875) et Le Chant du départ (1875). Trois planches intitulées Les Grandes Journées de la Révolution sont publiées en 1879 à Paris par la Société d’instruction républicaine et présentent quatre vignettes par feuille :
– 1 : Jeu de paume, Mirabeau et Brézé, démolition de la Bastille, nuit du 4 août ;
– 2 : Fête de la fédération, la Marseillaise, Valmy, la patrie en danger ;
– 3 : Wattignies, Hoche à Wissembourg, la pacification de la Vendée, la paix de Bâle.
Deux planches de seize vignettes, dans le style des historiettes en vogue, intitulées Nobles et Paysans et Histoire du brave Francœur et présentant des fils de milieux populaires (paysan et artisan), engagés comme volontaires et gravissant tous les grades de l’armée au cours des guerres de la Révolution et de l’Empire, auraient été réalisées vers 1880. Cinq grandes images illustrant les combats de la Révolution paraissent au même moment : Bataille de Fleurus et Le Vengeur, combat naval (nouvelles versions), Bataille de Valmy, Bataille de Jemmapes, Prise de la flotte hollandaise par les hussards de Pichegru. Une planche de Soldats de la Ire République et huit vignettes d’une planche sur les rois de France se placent dans les grandes collections de l’imagerie. Enfin, en 1896, le graveur Phosty publie une galerie de vingt-cinq Gloires nationales, parmi lesquelles figurent huit héros des guerres de la Révolution.
Sur l’ensemble des images et vignettes, une grande majorité représente la guerre, les victoires et décrit les campagnes militaires et l’engagement des volontaires ; la période du début de la Révolution, 1789-1790, est presque seule représentée, deux présentent la période de la Convention, événements militaires mis à part. La tonalité patriotique prédomine largement, ainsi que les débuts modérés de la Révolution, ce qui correspond aux tendances dominantes de l’historiographie de la monarchie de Juillet puis aux choix des républicains modérés du début de la IIIe République. Enfin, trois images ont été créées récemment dans le contexte du bicentenaire de la Révolution.