Jean Parant, horloger, « grand terroriste » (1757-[?])
2010
Claudy Valin

Extrait de : "Temps révolutionnaire et temps des révolutions (édition électronique)"
Sous la direction de Serge Bianchi.
129e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Besançon, 2004
Paris, Éditions du CTHS
2010
p. 99-115
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Jean Parant est né à Fontenay-sous-Bois, d’un père boulanger dont il devient orphelin alors qu’il a tout juste 1 an. Il perd sa mère alors qu’il n’a pas encore 10 ans. Quand la Révolution éclate, il prend part aux événements sous l’état d’horloger. Ayant vécu son adolescence dans la paroisse de Saint-Germain-des-Prés, qui deviendra la section de l’Unité, il fréquente le Club des cordeliers et se trouve en contact avec les radicaux du mouvement hébertiste, dont le chef de file et ses proches sont domiciliés dans la même section. Il semble avoir, sinon participé, du moins assisté aux massacres de Septembre, mais, puisqu’il est issu du petit peuple, son rôle est difficile à circonscrire, tant lors de cet événement que précédemment. Il est plus facile à cerner quand, pour des raisons qui constituent une interrogation forte posée à travers cet article, il s’établit à La Rochelle, où, bien que n’y ayant aucune attache familiale, il devient l’un des leaders de la Société populaire et prend la tête de la sans-culotterie. La nomination par la Convention de Joseph-Marie Lequinio dans les ports de La Rochelle et Rochefort en septembre 1793 lui offre l’opportunité de se mettre en valeur. Il devient l’auxiliaire de Lequinio, sans toutefois perdre de vue les intérêts du groupe social dont il est issu. Placé sur le devant de la scène, il s’expose à la haine de la bourgeoisie et quand, au printemps 1794, apparaissent les dissensions au sein du parti montagnard, c’est du côté des radicaux qu’il se place contre les partisans de Robespierre, ce qui lui vaudra d’être arrêté, emprisonné, et jugé par le Tribunal révolutionnaire une première fois. Libéré, il quitte La Rochelle pour revenir à Paris, où il continue la lutte, mais le temps des sans-culottes est révolu et c’est, pour lui, un second emprisonnement, puis la clandestinité. À travers le parcours de Jean Parant surgissent quelques interrogations : celle concernant l’organisation d’un réseau hébertiste dans le pays secoué par les turbulences de la Révolution, mais aussi celle du rôle de la corporation dont il est issu dans la naissance et l’évolution de cette tendance du mouvement révolutionnaire. Élites des corps de métier, les horlogers ont-ils formé ou en tout cas fait partie d’une avant-garde du mouvement révolutionnaire ? En quoi leur état les prédisposait-il à ce rôle ?