Une écriture à la recherche des siens : livre de raison et quête des ancêtres (France, XVe-XIXe siècle)
2011
Sylvie Mouysset

Extrait de : "Entre mémoire et histoire : écriture ordinaire et émergence de l'individu (édition électronique)"
Sous la direction de Nicole Lemaitre et Sylvie Mouysset
134e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Bordeaux, 2009
Éditions du CTHS
2011
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Le livre de raison est livre de comptes : « Compter ses biens, compter les siens », telle pourrait être la définition la plus courte – et pourquoi pas la meilleure, après celle de Furetière, bien sûr ! – de ce registre domestique que nombre de pères de famille resserraient en un temps qui
n’est pas si lointain, dans l’intimité de leur cabinet. Au coeur de ces feuillets, le scripteur fixe pour l’éternité les menus et hauts faits de son existence quotidienne. L’écriture du for privé se conjugue au présent, au rythme lent d’un temps soigneusement daté. Pourtant, la tentation
est grande de revenir un moment sur l’histoire de ses prédécesseurs : il s’agit souvent, au début du livre, d’enraciner la mémoire familiale dans un passé ressuscité par une plume bavarde, au gré des souvenirs, ou mieux, des « vieilles paperasses » patiemment rassemblées afin de combler les lacunes mémorielles du clan. Sous forme de listes, de courtes notices, voire d’arbres hâtivement esquissés, la généalogie prend vie. Elle révèle alors à son lecteur un portrait de famille idéal, oscillant entre précision horlogère et imagination poétique. Elle est là pour cela, car il s’agit bien de donner du groupe l’image la plus forte et la plus belle, celle d’une grande famille unie par des liens aussi solides qu’honorables.