Les écrits du paysan roussillonnais Esteve Rovelló (1763-1786)
2011
Martine Camiade

Extrait de : "Entre mémoire et histoire : écriture ordinaire et émergence de l'individu (édition électronique)"
Sous la direction de Nicole Lemaitre et Sylvie Mouysset
134e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Bordeaux, 2009
Éditions du CTHS
2011
p. 133-145
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Le livre de raison d’Esteve Rovelló, qui débute en janvier 1763 jusqu’en mars 1786 sous le titre : Llibre de notas ÿ varias memorias... (Livre de notes et mémoires variées), est composé de deux volumes de plus de cent soixante-douze pages. Cet écrit du for privé fournit de nombreux éléments sur les travaux agricoles, les récoltes, le climat, et particulièrement les inondations. Ce récit nous révèle la vie quotidienne déroulée ici sous la plus banale des formes par des comptes, des mentions brèves, de menus écrits sur la famille. Esteve est un pagès (paysan aisé), originaire d’Ille, village situé dans les Pyrénées-Orientales. Il est petit-fils de cordonnier, son père Josep étant devenu un paysan lettré aisé par son mariage. Le fait qu’Esteve écrive en langue catalane – langue interdite depuis 1700 par l’édit de Louis XIV imposant la langue française à ces anciens comtés catalans du Roussillon et de Cerdagne devenus province
du Roussillon après le traité des Pyrénées en 1659 – est révélateur de son identité.
Cet article aborde l’étude de sa famille, son ascension sociale, son patrimoine, les stratégies matrimoniales, mais s’intéresse aussi à cet écrit comme un des vecteurs essentiels du patrimoine mémoriel de la famille. Il s’attache à montrer que savoir écrire est un pouvoir. Un
pouvoir qui permet, à celui qui sait tenir la plume et qui en use, d’organiser sa vie et celle des siens, de penser le temps au-delà du seuil ordonné par sa propre existence, et d’exposer et imposer en quelque sorte sa vision de la société qu’il côtoie au quotidien.