Sur les chemins de la sainteté ? Portraits de femmes en religion aux XVIIe et XVIIIe siècles
2011
Hélène Say

Extrait de : "Entre mémoire et histoire : écriture ordinaire et émergence de l'individu (édition électronique)"
Sous la direction de Nicole Lemaitre et Sylvie Mouysset
134e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Bordeaux, 2009
Éditions du CTHS
2011
p. 281-293
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Le recueil manuscrit des Vies des révérendes annonciades célestes de Nancy, en trois volumes, entré récemment aux archives départementales de Meurthe-et-Moselle, constitue une source particulièrement intéressante à plusieurs égards, et notamment parce que ces volumes couvrent les cent quatre-vingt-trois années de l’existence du couvent à Nancy (1616-1689) ; parce
qu’aucun autre témoignage de la vie quotidienne de cette ampleur n’existe par ailleurs pour les autres congrégations installées à Nancy aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les congrégations nouvelles,
fondées par des femmes et sans équivalent ou binôme masculin, se multiplient au XVIIe siècle, et les vocations religieuses féminines pour une vie donnée à Dieu dans le sacrifice et la mortification connaissent un essor sans précédent. En croisant les vies des annonciades
avec les registres d’entrées, de professions monastiques ou encore d’examens canoniques des autres couvents féminins de Nancy, on voit se dessiner les ressorts de cet engouement massif et radical des femmes pour la vie cloîtrée. En aspirant à la sainteté, que seul le cloître semble
pouvoir garantir parce qu’il protège des perversions et tentations du monde, ce n’est pas tant la reconnaissance de l’Église qui est cherchée par ces athlètes de la foi (et de fait, elle reste très discrète) que le salut de l’âme – de leur âme et des âmes qui leur sont confiées. Cependant,
la vie cloîtrée ne confisque finalement pas le cheminement vers le salut : sous la conduite de pères spirituels avisés, des veuves ouvrent, hors du cloître, d’autres voies, celles des œuvres, et la charité féminine sort du domaine strictement privé. Quand bien même les femmes, à l’intérieur ou à l’extérieur du cloître, restent sous la tutelle des hommes, elles transforment peu à peu le visage de l’Église par leur fécondité spirituelle et l’exercice public de la charité.