Les Histoires d’Alexandre le Grand de Quinte-Curce : une question de genre
2011
Igor Yakoubovitch

Extrait de : "Usages savants et partisans des biographies, de l'Antiquité au XXIe siècle (édition électronique)"
Sous la direction de Christian Amalvi
134e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Bordeaux, 2009
Éditions du CTHS
2011
p. 85-96
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Biographie (vita) ? histoire (historia) ? œuvre rhétorique ? À quel genre rattacher les Histoires de Quinte-Curce ? On a pu voir dans l’incohérence de l’œuvre, son manque de rigueur historique, sa construction autour d’épisodes clés « anecdotiques », sa dimension rhétorique et moralisante et son analyse approfondie de la personnalité d’Alexandre une marque de la biographie et de l’encomium. Mais la conception romaine de l’histoire n’est pas celle des Modernes. La comparaison avec d’autres historiens ou biographes d’Alexandre (Arrien, Diodore, Plutarque, Trogue-Pompée) montre que Quinte-Curce écrit bien une histoire : il met en cohérence, dans une perspective idéologique propre qui unifie l’œuvre, des exempla « historiques » centrés sur la figure d’Alexandre. Le récit factuel n’est plus l’occasion de se livrer à des digressions moralisantes ou de montrer un savoir-faire rhétorique : la rhétorique est un moyen au service d’une fin et l’histoire le prétexte à une réflexion sur la nature du pouvoir et les conditions de son exercice. L’histoire devient exercice de philosophie politique, avec Rome pour horizon.