Histoire et historiographie d’un roi controversé : Charles-Albert ou la mémoire fragmentée (1798-1849)
2011
Thierry Couzin

Extrait de : "Usages savants et partisans des biographies, de l'Antiquité au XXIe siècle (édition électronique)"
Sous la direction de Christian Amalvi
134e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Bordeaux, 2009
Éditions du CTHS
2011
p. 181-192
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Le règne du roi de Sardaigne, Charles-Albert, constitue à la fois l’aboutissement d’un mouvement qui prend sa source avec l’avènement du duc Emmanuel-Philibert en 1559 et le point de rupture vers une destinée italienne, que l’on peut, d’après sa législation, dater du 2 août 1848, avec la leva in massa per la difesa della patria (« levée en masse pour la défense de la patrie »). Cette tension, plutôt qu’une duplicité, a quelque chose de tragique qu’exprime bien le théâtre du Piémontais Vittorio Alfieri, empreint tout à la fois d’héroïsme et de morbidité. Charles-Albert occupe naturellement une place de choix dans l’historiographie italienne, dont le caractère passionné, et par conséquent partisan, s’étendit jusqu’aux années cinquante, pour rebondir tout récemment, avec, d’une part, les doutes sur l’avenir d’un État italien secoué par les sollicitations européennes et, d’autre part, en proie à des forces centripètes provenant de la contestation de sa Constitution de 1948. Malgré son influence certaine, cette histoire, la France l’ignore généralement, si ce n’est par l’intermédiaire des historiographies niçoise et savoyarde. C’est pourquoi ce personnage est à la fois obscur et célèbre. On voudra ici éclaircir, à travers l’homme, le destin de son royaume tout entier en suivant quatre directions qui, évidemment, se recoupent. D’une part, sa vie qui fut et demeure controversée en partant des éléments contenus dans le Dizionario biografico degli Italiani. D’autre part, l’historiographie du personnage du XIXe au XXIe siècle. Nous expliciterons également, à l’aide d’un tableau récapitulatif des traités de commerce et de navigation, l’exclusion d’une région qui compta dans l’histoire de la maison de Savoie, du pays niçois et de l’économie nationale, sous la pression de la mondialisation. Enfin, l’œuvre de Charles-Albert suivant la législation intérieure du royaume.