Sampieru Corsu (1498-1567) : de l’icône de la Corse française au héros nationaliste corse (1855-2009)
2011
Didier Rey

Extrait de : "Usages savants et partisans des biographies, de l'Antiquité au XXIe siècle (édition électronique)"
Sous la direction de Christian Amalvi
134e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Bordeaux, 2009
Éditions du CTHS
2011
p. 207-221
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Cet article se propose d’analyser les discours idéologiques construits autour du personnage de Sampieru Corsu, qui offre un cas de figure des plus intéressants ; le parcours complexe du personnage permit cependant son « héroïsation » par des courants nationalistes très divers.
Originaire de Bastelica, en Corse, mercenaire au service des Medicis puis des rois de France, il participa à la conquête et à la brève occupation de l’île par les Français (1553-1559) ; plus tard, il tenta en vain de libérer son pays du joug génois et y perdit la vie (1564-1567). L’historiographie officielle avait donc fait de lui, dès le milieu du XIXe siècle, le héros tout autant que le héraut d’une Corse française avant l’heure. Le personnage fut en même temps instrumentalisé comme figure des supposées valeurs guerrières de la « race corse », trouvant dans le service français leur débouché « naturel ».
Dans l’entre-deux-guerres, l’image de Sampieru fut récupérée par la propagande irrédentiste fasciste en tant que « héros italien », mais sans plus, alors que, au même moment, les tenants de la Corse française rappelèrent sa farouche opposition aux Génois, et donc, par un singulier raccourci historique, à l’Italie.
À compter des années soixante, la renaissance du nationalisme corse devait transformer le personnage en un précurseur de l’indépendance nationale, au point de voir son nom attribué à un mouvement nationaliste armé clandestin.