Joshua Slocum, le circumnavigateur devenu le héros d’une Amérique renouvelée à la fin du XIXe siècle
2011
Denis Jallat

Extrait de : "Usages savants et partisans des biographies, de l'Antiquité au XXIe siècle (édition électronique)"
Sous la direction de Christian Amalvi
134e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Bordeaux, 2009
Éditions du CTHS
2011
p. 223-233
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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En 1895, Joshua Slocum, un Canadien nationalisé Américain, se lance dans une véritable aventure : le premier tour du monde en solitaire à la voile. En larguant les amarres, Slocum veut fuir une vie tumultueuse (faillite, dettes, deuil, remariage,...) ; il souhaite se faire oublier, mais aussi oublier la société. En France, les journaux, notamment spécialisés, s’emparent des récits du navigateur, qu’ils reconstruisent, embellissent et dramatisent à l’excès, faisant de Slocum, malgré lui, un véritable mythe nautique vivant. Dans le contexte américanophile qui se développe à la fin du XIXe siècle dans les milieux de l’économie auxquels appartiennent la plupart des navigateurs français, Slocum devient la figure symbolique d’une activité, mais aussi celle d’une époque et d’une société, l’Amérique, qui d’ailleurs ne l’a pas célébré.
La problématique posée ici est celle de la construction, par des groupes sociaux, de « héros malgré eux ». La question des représentations sera abordée ainsi que celle des enjeux : qui, pourquoi, comment « fabrique-t-on » un héros sportif, sur quelles images, alors même que dans cet exemple on a affaire à une personne en rupture avec la vie sociale et dont la reconnaissance n’est pas unanime.