La fabrication du héros et de l’antihéros en URSS : un aspect du secret soviétique
2011
Francis Conte

Extrait de : "Usages savants et partisans des biographies, de l'Antiquité au XXIe siècle (édition électronique)"
Sous la direction de Christian Amalvi
134e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Bordeaux, 2009
Éditions du CTHS
2011
p. 261-269
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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par le pouvoir soviétique, en particulier pendant son apex – la période stalinienne. L’analyse est centrée sur une étude de cas – celle de l’aéronautique et de l’astronautique. Ce domaine sensible, caractéristique de la modernisation de type soviétique, est abordé par le biais de certains de ses acteurs les plus remarquables – ingénieurs, inventeurs, constructeurs –, entre autres A. Tupolev et P. Glouchko, mais également d’autres moins connus, qui auraient pu être tout aussi importants s’ils n’avaient été fusillés à la fin des années trente, avant d’être réhabilités sous Khrouchtchev. Tel fut le sort cruel de I. Kleimënov ou G. Languemak, que les archives et les documents récemment publiés permettent de reconstituer. On y découvre plusieurs strates de secrets, qui montrent « l’incohérente cohérence » du système soviétique. Dans les cas les plus intrigants, la même personne pouvait être tirée de l’anonymat pour atteindre le statut de « protohéros », avant d’être déclarée « ennemi du peuple », puis sortie de prison quelques mois ou quelques années plus tard (si elle n’avait pas été fusillée entre-temps) pour devenir un héros absolu. Tel fut le cas, par exemple, de S. Korolev – le père du spoutnik –, qui fut sauvé de la mort au goulag par A. Tupolev.