Cétacés et tritons : de la réalité à l’imaginaire
2011
Noëlle Icard et Anne-Violaine Szabados

Extrait de : "Avec vue sur la mer (édition électronique)"
Sous la direction de Sylviane Llinares
132e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Arles, 2007
2011
p. 9-23
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Les créatures fantastiques marines abondent dans l’iconographie antique et médiévale. Elles apparaissent en Grèce vers le VIIe siècle av. J.-C., empruntant leur aspect à l’art oriental, en particulier assyro-babylonien, et personnifient diverses facettes, bénéfiques ou dangereuses, de l’élément marin tel qu’il est alors perçu. Parmi elles, les figures du triton, à demi-humain, et du ketos, le monstre par excellence, fruits de l’observation de la nature et de l’imagination populaire, hantent la Méditerranée. D’abord silhouette imprécise caractérisée par sa gueule redoutable qui menace Andromède, le ketos change d’aspect et de fonction à partir du Ve siècle av. J.-C. Désormais animal hybride assagi, il est le compagnon des divinités marines. Il reste toutefois l’émanation de la colère divine dans l’histoire d’Andromède, puis dans celle de Jonas, jusqu’au XIIe siècle et au-delà. Sur les miniatures médiévales comme sur les gravures inspirées des récits de voyageurs, il est le monstre dévorateur capable d’engloutir humains et navires. Quant au triton, d’abord dieu marin subalterne à la personnalité peu définie et à la physionomie peu changeante, il devient un être générique, dont l’aspect hybride autorise quelques fantaisies, et qui symbolise la mer universelle ou incarne le mal.