François Mauriac et ses terres d’écriture : d’hier à aujourd’hui
2011
Caroline Casseville

Extrait de : "La Construction du grand auteur (édition électronique)"
Sous la direction de Louis Bergès ; 134e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Bordeaux, 2009

Pierre-François Astor, Gilles Bancarel, Louis Bergès, Alain Boulaire, Mariane Bury, Caroline Casseville, Abdallah Cheikh-Moussa, Gilbert-Robert Delahaye, Anastasia Iline, Anne Marle,

Paris, éditions du CTHS
2011
p. 76-83

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Comment l’écriture s’enracine-t-elle dans un lieu ? À travers l’exemple de François Mauriac (1885-1970), seront évoquées les sources d’inspiration réelles et symboliques d’un écrivain, engagé dans son siècle, qui fut à la fois poète, romancier, critique, dramaturge et journaliste. 1/ « Lieux hérités, idées reçues », les territoires comme sources d’inspiration. Dans cette première partie, il s’agira de suivre le parcours d’une histoire familiale au sein de son ancrage géographique pour montrer l’itinéraire futur d’un enfant et d’un homme qui devient écrivain et dont l’œuvre est intimement liée à son territoire. Des paysages proches (situés au sud-ouest de la France) mais dissemblables, d’un côté, les landes (forêts de pins) et de l’autre, les vignes, se chargent de véhiculer des images et des symboles qui construisent l’identité du futur Prix Nobel de littérature (1952) et de son œuvre (romans « malagariens »/romans landais). La terre se décline non seulement en termes de valeurs matérielles, (propriétés), mais aussi en termes de valeurs immatérielles (fidélité, continuité) : elle oscille entre matériau et matière, entre possession de biens et dépossession de soi, entre aliénation et libération. Se pose alors le problème de l’appropriation de la terre par l’homme : qui des deux possède l’autre ? Les mythes poétiques (Le Sang d’Atys) relaient les aspirations spirituelles pour transfigurer la matière qui, en retour, peut s’avérer menaçante pour l’homme en le ramenant à des structures archaïques. 2/ Une écriture au-delà des frontières : entre indépendance et fidélité. Quitter le berceau natal de la terre et le secret des paysages naturels pour se tourner vers l’univers émancipé des villes peut devenir l’alternative d’un homme moderne qui souhaite s’engager dans le monde. Cependant, la ville devient cet espace « de bruit et de fureur » qui asphyxie l’imaginaire, la cité se referme sur elle-même et n’offre qu’un décor souvent déshumanisé. Pourtant, Mauriac résoudra cette contradiction à sa manière. Les villes : Bordeaux, Paris seront les lieux de la vie quotidienne qui permettent d’être dans le monde, tandis que les paysages de l’enfance, et la maison de campagne héritée de sa famille : Malagar (la « querencia »), seront les symboles du refuge et du recueillement. Cette étude des territoires, singularisés par une écriture, devrait permettre de mettre en lumière les liens qui unissent, au sein de la création littéraire, l’éthique et l’esthétique. Enfin, les prolongements du rapport entre une œuvre, un écrivain et leur inscription dans l’espace sont évoqués à travers la maison d’écrivain. En effet, aujourd’hui, Malagar (ancienne propriété de Mauriac) fait partie de la Fédération Nationale des maisons d’écrivain et des patrimoines littéraires, ce qui peut constituer une nouvelle proposition d’entrée en littérature.