François Le Métel de Boisrobert (1592-1662) : comment on devient un auteur mineur
2011
Anastasia Iline

Extrait de : "La Construction du grand auteur (édition électronique)"
Sous la direction de Louis Bergès ; 134e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Bordeaux, 2009

Pierre-François Astor, Gilles Bancarel, Louis Bergès, Alain Boulaire, Mariane Bury, Caroline Casseville, Abdallah Cheikh-Moussa, Gilbert-Robert Delahaye, Anastasia Iline, Anne Marle,

Paris, éditions du CTHS
2011
p. 106-116

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De son temps, François de Boisrobert (1592-1662) fut un personnage célèbre de la scène littéraire et mondaine. Écrivain proche du cardinal de Richelieu, il fut dans les années 1630 l’intermédiaire obligé entre le principal ministre et le monde des auteurs, bénéficiant de cette proximité du pouvoir pour bâtir une position sociale éminente, dégagée des hiérarchies traditionnelles. Il dut alors essuyer des critiques virulentes concernant sa moralité et ses qualités d’auteur ; ces attaques se multiplièrent pendant les années 1640-1650 durant lesquelles, privé de protecteur, il tenta de s’appuyer sur sa production littéraire pour maintenir son statut. Après sa mort, son image se figea très rapidement autour de quelques traits de caractère, créant un personnage pittoresque (le « bouffon du cardinal ») au détriment de l’auteur, très vite oublié malgré une œuvre abondante et variée. Au xixe siècle, les manuels scolaires prolongent le processus : le personnage, caricaturé à l’extrême, fait l’objet de jugements moralisateurs, la place de l’écrivain est minimisée et s’insère dans la cohorte des auteurs dits « mineurs ». Il faut attendre les travaux d’érudition de la fin du xixe siècle puis les études de littérature comparée pour que Boisrobert soit réellement étudié en tant que représentant de phénomènes sociaux et littéraires d’importance.