La Roca d’Albera, analyse du paysage et des modes de peuplement du XVe au XVIIIe siècle
2011
Martine Camiade et Jean-Pierre Lacombe-Massot

Extrait de : "Le Paysage d'aujourd'hui à hier, d'hier à aujourd'hui (édition électronique)"
Sous la direction de Jean-René Trochet
135e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Neuchâtel, 2010
Textes de Aziz Ballouche, Egle Barone Visigalli, Françoise Bayard, Marc Benoît, Delphine Bousquet, Martine Camiade, Anne Combaud, Jeanne Cornuet, Benjamin Dolfo, Mustapha El Hannani, Faïza Khebour Allouche, Fabien Knittel, Jean-Pierre Lacombe-Massot, Sylvie Le Clech-Charton, Alain Marre, Dominique Pargny, Adrien Plassais, Aude Nuscia Taïbi, Yves Truel, Jean-Roger Wattez
2011
p. 25-40
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Partie la plus orientale de la chaîne des Pyrénées, le massif de l’Albera s’étend sur une trentaine de kilomètres, du col du Perthus à la mer Méditerranée. Sa ligne de crête, qui culmine au pic Neulós (1 256 mètres), sépare les États français et espagnol depuis le traité des Pyrénées en 1659. Cette frontière entre les deux États divise un territoire de même culture et de même identité linguistique, catalane. Ses versants nord et sud sont reliés par des cols de faible altitude, dont beaucoup sont des passages naturels très accessibles, empruntés depuis la préhistoire. Nous nous proposons d’analyser l’évolution du paysage et des modes de peuplement de La Roca d’Albera, village situé au piémont nord de l’Albera, dont le territoire s’étend de la plaine à la crête du massif, sur plus de 1 000 mètres de dénivelé. Nous étudierons l’histoire des interactions observables entre l’homme et son environnement naturel : la plaine, le piémont et la montagne. Cette étude sera abordée sur la longue durée (milieu du XVe-milieu du XVIIIe siècle), qui permet d’envisager l’étude de la transformation des paysages, l’analyse des structures agraires et les mutations sociales. Le choix de La Roca s’explique également par l’abondance des documents concernant la seigneurie de Laroque, contenus dans le fonds des archives départementales des Pyrénées-Orientales. Par une approche heuristique et en prenant le parti d’une analyse sur cinq siècles et par une lecture croisée des différents capbreus, nous tenterons de suivre l’évolution du paysage et sa dynamique grâce à des techniques informatiques de cartographie. L’analyse de ces documents, étayée par d’autres, procédures judiciaires et registres notariaux, permet de traduire la répartition des différents types de terres sur ce territoire, ainsi que l’évolution de l’occupation du sol au cours des siècles, ses constances et ses ruptures. Écrits du for privé et autres traités d’agriculture compléteront ce corpus, en apportant des précisions sur les procédés de culture des terres à emblavures, des vignes, des oliveraies, des prés... Nous essaierons d’apporter des clés de lecture à travers l’histoire du territoire : de la première déprise au XVIe siècle à la prise en main de la propriété éminente par des seigneurs-bourgeois entreprenants, au XVIIe siècle, à l’expansion des cultures de la vigne et de l’olivier au XVIIIe. Par ailleurs, nous nous attacherons à étudier la réalité structurelle des mas, cette forme d’habitat rural dispersé, caractéristique du paysage catalan. Nous suivrons leur évolution historique en fonction des variations du contexte économique, social et politique et évaluerons leur incidence sur l’organisation du territoire. Dans son ensemble, le massif de l’Albera compte plusieurs centaines de mas, qui se développent des piémonts jusqu’à mi-pente (environ 550 mètres). Ils sont particulièrement nombreux à La Roca d’Albera et restent un élément significatif du paysage actuel.