Les « larris », un paysage caractéristique des versants crayeux de la Picardie occidentale ; leur intérêt et leur avenir
2011
Jean-Roger Wattez

Extrait de : "Le Paysage d'aujourd'hui à hier, d'hier à aujourd'hui (édition électronique)"
Sous la direction de Jean-René Trochet
135e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Neuchâtel, 2010
Textes de Aziz Ballouche, Egle Barone Visigalli, Françoise Bayard, Marc Benoît, Delphine Bousquet, Martine Camiade, Anne Combaud, Jeanne Cornuet, Benjamin Dolfo, Mustapha El Hannani, Faïza Khebour Allouche, Fabien Knittel, Jean-Pierre Lacombe-Massot, Sylvie Le Clech-Charton, Alain Marre, Dominique Pargny, Adrien Plassais, Aude Nuscia Taïbi, Yves Truel, Jean-Roger Wattez
2011
p. 111-121
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Dans les régions planitaires dont le substrat est fertile, l’agriculture (désormais productiviste) a de longue date conquis l’essentiel du territoire ; l’ager prédomine largement ; seuls subsistent çà et là un certain nombre de bois ou de boqueteaux, préservés à des fins cynégétiques ; ils représentent la sylve. Dans ces conditions, la part revenant au saltus est souvent modeste ; toutefois, les dénivellations les plus fortes, correspondant aux versants des fleuves et de plus modestes cours d’eau – parfois même à des vallées sèches – portent encore des friches herbeuses désignées en Picardie sous le nom de « larris ». Ces derniers représentent un véritable conservatoire pour la flore héliophile et calcicole indigène. Malgré leur superficie limitée, les larris picards occupent une place essentielle dans la diversité floristique régionale. Mais, par suite de la déprise agricole, les chaumes de certaines graminées (brachypode penné, fromental, bromes...) que ne limite plus la dent des herbivores, étouffent la flore herbacée héliophile, qui s’appauvrit. La recolonisation ultérieure des larris par les arbustes pionniers (tel le genèvrier, Juniperus communis) accentue ce recul, en même temps qu’il atteste une reconquête de la sylve aux dépens du saltus. Aussi l’entretien et la gestion des larris par des structures spécialisées (et subventionnées), telles que les conservatoires botaniques nationaux et les conservatoires des sites naturels régionaux, s’avèrent-ils être une impérieuse nécessité, de façon à préserver un paysage ancestral menacé.