Jehan le Chapellain, écuyer, pèlerin du roi Charles VI (1394-1396) : simulateur ou loyal serviteur ?
2012
Humbert Jacomet

Extrait de : "Le Pèlerinage de l'Antiquité à nos jours (édition électronique)"
Sous la direction d'André Vauchez
130e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, La Rochelle, 2005
Textes de Claude Bouhier, Diane Carron, Nicolas Champ, Andrée Dagorne, Laurent Durnecker, Jean Flouret, Pierre-Gilles Girault, Florence Mouchet-Chaumard, Gilberte Genevois, Humbert Jacomet, Sylvie Miaux, Louis Mollaret, Micheline Mouradian, Renaud Mousty, Denise Péricard-Méa, Adeline Rucquoi, Annie Saunier, Mary Sainsous, Jean-Pierre Sodini, Hervé Terral
Éditions du CTHS
2012
p. 79-122
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Le 5 août 1392, dans la forêt du Mans, à la tête de ses armées, Charles VI est comme frappé de folie. En juin 1393, ses troubles renaissent. Le royaume est en émoi. Début 1395, le roi, qui s’est déjà incliné devant l’Archange, au Mont-Saint-Michel, se rend au Puy Sainte-Marie, où il fait son entrée le 24 mars, veille de la fête de l’Annonciation. Il est donc en parfaite santé.
Aussi bien, le 11 mars 1395, un simple écuyer, de passage à Rouen, déclare avoir visité à la suite cinq sanctuaires en action de grâces pour la guérison du roi. De même s’est-il engagé à effectuer six autres pèlerinages, à commencer par Chartres pour finir à Compostelle, non sans envisager d’aller, comme son souverain, au Mont-Saint-Michel et au Puy. Quelques mois plus tard, on le retrouve à Lille après un retour hasardeux. Outre ces deux mentions – Rouen et Lille –, on le surprend, dans les derniers jours de l’année 1395, à Saint-Flour, tandis qu’il reçoit à Perpignan, le 2 février 1396, un sauf-conduit à destination de Saint-Jacques en Galice. Curieusement, la santé de Charles VI s’était de nouveau altérée à l’automne 1395. Comment ne pas voir un rapport de cause à effet entre les allées et venues de cet écuyer et les aléas de la maladie du roi ?
Par chance, la liste des sanctuaires visités par cet inconnu coïncide dans les comptes de Lille et de Rouen. Mieux, l’ordre dans lequel ils sont transcrits est identique. N’est-ce pas là un indice de crédibilité ? Quant aux comptes de Saint-Flour que complètent les Archives d’Aragon, ils renvoient à un second voyage en Espagne. Non seulement ce double périple manifeste, à travers la constellation de quelques-uns des principaux sanctuaires français, un attachement indéfectible à la couronne, mais il révèle la place éminente tenue par le pèlerinage de Saint-Jacques dans l’horizon religieux et chevaleresque de ce temps.