Pour une ontologie du paysage mésoaméricain
2012
Diana Ospina

Extrait de : "Les Outils de représentation du paysage (édition électronique)"
Sous la direction de Cécile Souchon
135e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Neuchâtel, 2010
Textes de Stéphane Blond, Charles-André Buffet, Colette Bourrier-Reynaud, Juliette Dumasy, Jean-Yves Guillaumin, François Legouy, Yvonne-Hélène Le Maresquier-Kesteloot, Anne-Gaël Noussan, Mauricio Onetto Pavez, Diana Ospina, Monique Pelletier, Judicaël Petrowiste, Cécile Souchon, Ilona Woronow.
Éd. du CTHS
2012
p. 59-68
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Les cartes-paysages peintes par les indigènes, tout au long du XVIe siècle jusqu’au début du XVIIe en Amérique, exposent à travers leur système de représentation un paysage dit « sans espace », qui témoigne d’une période de transition remplie de contradictions.
Ces cartes-paysages, à mi-chemin entre une forme presque exacte – la cartographie – et une forme imagée – le paysage –, nous dévoilent des ambiguïtés et des hybridations propres à un paysage largement inexploré. Celui-ci se donne à nous en tant que forme et mode d’existence étroitement lié à la perception et à l’expérience suscitées par l’Amérique sur deux acteurs : le natif et le colonisateur. L’encadrement du regard et l’appropriation du territoire passent par la configuration d’un nouvel espace, censé être la conciliation de deux formes d’existence et de pensée différentes amalgamées sous une seule vision. L’espace décrit dans la cartographique mésoaméricaine du XVIe et du début du XVIIe siècle dépasse ainsi la simple schématisation en nous introduisant dans la construction d’un nouvel objet, le paysage mésoaméricain. À travers les cartes peintes par les indigènes en Nouvelle-France, nous sommes interpellés par un autre type de regard sur le paysage, une forme de lecture qu’Alessandra Russo a appelée « réalisme circulaire ».
Une ontologie du paysage, telle une ontologie de l’art, est pertinente dans la mesure où le paysage colonial mésoaméricain se configure comme une zone intermédiaire entre le passé préhispanique, qui doit s’oublier, et le nouvel ordre ibérique, qui doit s’assimiler. Les représentations qui jaillissent dans ce cadre sont intéressantes, puisqu’elles constituent un registre de l’interaction et de la dualité spatiale et temporelle des formes nées de la rencontre et de l’affrontement entre deux civilisations. Dans le cas et l’époque qui nous concernent, ces cartes-paysages portent l’empreinte de cette expérience de choc, d’échange et de communication. Nous nous arrêterons sur la question de l’ontologie et du temps du paysage colonial mésoaméricain, sur le changement d’échelle et des valeurs esthétiques introduits avec l’assimilation d’un nouveau système de représentation.