Le remodelage des épis de la Loire armoricaine : patrimoine naturel versus patrimoine culturel ?
2012
Hervé Davodeau, Régis Barraud, David Montembault et Apolline Taillade

Extrait de : "Les Paysages de l'eau (édition électronique)"
Sous la direction de Gérard Joly
135e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Neuchâtel, 2010
Textes de Aomar Akerraz, M’Hamed Alilou, Dominique Andrieu, Rachid Arharbi, Régis Barraud, Véronique Brouquier-Reddé, Cyril Castanet, Rita Compatangelo-Soussignan, Hervé Davodeau, Stéphane Desruelles, Sylvain Dournel, Marie-Anne Germaine, Jean-Baptiste Houal, Éliane Lenoir, David Montembault, Bertrand Sajaloli, Sylvie Salles, Sylvie Servain-Courant, Marija Stankovska-Tzamali, Apolline Taillade, Jean-Louis Yengué
Éditions du CTHS
2012
p. 7-20
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

  Télécharger le document (les articles de plus de 3 ans sont gratuits)

Dans le lit mineur de la Loire entre Angers et Nantes, 700 « épis » destinés à améliorer la navigation ont été implantés entre la fin du XIXe siècle et les années vingt. Ces ouvrages sont aujourd’hui accusés de contribuer (avec l’extraction du sable et certains aménagements portuaires en aval) à l’abaissement de la ligne d’eau, avec ses effets négatifs sur le recul de la biodiversité et la stabilité des ouvrages d’art. Aussi, en vue de restaurer la morphologie du fleuve et les milieux humides qui lui sont associés, une opération de remodelage est expérimentée depuis quelques mois sur un tronçon d’une dizaine de kilomètres (une centaine d’épis). Ces actions sont engagées par Voies navigables de France (maîtrise d’ouvrage) dans le cadre du plan Loire grandeur nature (2007-2013). Au-delà des enjeux techniques et écologiques (souvent privilégiés sur cet objet), l’article ciblera les enjeux sociaux en adoptant une analyse paysagère. Il s’agira donc de décrire ces dispositifs, d’identifier les pratiques sociales qui s’y jouent, de saisir les perceptions des usagers des lieux, d’évaluer leur charge « identitaire ». Nous formulons plusieurs hypothèses. La section de Loire armoricaine – au-delà de son individualité physique – est identifiée par les populations pour ses paysages particuliers et son histoire industrieuse (les épis en sont donc un motif de paysage important). La patrimonialisation récente des paysages ligériens atténue ces particularités tout en les stigmatisant au regard d’un modèle d’appréciation dominant (la « Loire sauvage » n’est pas celle des épis). Enfin, si les épis ne sont plus aujourd’hui des ouvrages de navigation, ils sont aussi des lieux de pêche privilégiés ; la diversification des usages favorise donc des conflits qui pourraient être exacerbés par l’expérimentation en cours. La préservation du patrimoine naturel n’est-elle pas contradictoire avec la valorisation du paysage culturel ?