La collection en guise de miroir ou comment faire le monde à son image : Raoul de Rochebrune et son « réseau »
2012
Jean-Jacques Lucas

Extrait de : "Images, textes et concepts (édition électronique)"
Sous la direction de Jean-René Gaborit
132e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Arles, 2007
Textes d'Anne-Marie Barbier, Pascal Barraillé, Matthieu Dubost, Julie Féougier, Robyn Fréchet, Marita Gilli, Éric Hold, Sandrine Krikorian, Yuan-Ju Li, Jean-Jacques Lucas, Tommaso Meldolesi, Pierre Michelin, Nicolas Reveyron, Klaus Speidel, Roger Texier
Éditions du CTHS
2012
p. 143-153
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Entre 1850 et 1940, la demeure du collectionneur est le lieu d’exhibition ultime et anthume du grand œuvre de son auteur. Il y dispose de l’autorité de celui qui dit le vrai par ce qu’il montre. Au travers de la scénographie instituante des objets, l’assemblage sait révéler les traits du personnage. Il y édifie une image de soi et de son archétype en désignant de son nom ces compositions poussées jusqu’à la saturation. Rien n’échappe à cette mise en série et en écho du collectionneur : son effigie sculptée ou gravée, son portrait peint ou photographié devant son œuvre, une pièce, ou sur le territoire de sa prédation dans le cas de fouilles archéologiques, sans oublier les récits qui les accompagnent. Dans sa quête de l’œuvre totale, cette organisation égotiste de dépôts d’images incorporées à la collection entre en lice avec elle. Démiurge, le collectionneur est la porte par laquelle doit passer quiconque veut rejoindre l’objet élu. L’image double le portrait déjà dressé par son otium.