Le paradoxe de la tolérance
2012
Yuan-Ju Li

Extrait de : "Images, textes et concepts (édition électronique)"
Sous la direction de Jean-René Gaborit
132e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Arles, 2007
Textes d'Anne-Marie Barbier, Pascal Barraillé, Matthieu Dubost, Julie Féougier, Robyn Fréchet, Marita Gilli, Éric Hold, Sandrine Krikorian, Yuan-Ju Li, Jean-Jacques Lucas, Tommaso Meldolesi, Pierre Michelin, Nicolas Reveyron, Klaus Speidel, Roger Texier
Éditions du CTHS
2012
p. 163-171
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Dans le panorama des images interdites par la censure, les représentations sexuelles, érotiques ou pornographiques sont souvent sujettes à des réglementations administratives et morales contraignantes mais très ambiguës. Ainsi, une image montrant le sexe de femme risque-t-elle d’être censurée ? Cela dépend des intentions de l’auteur, des supports de publication et de la légitimité professionnelle de l’auteur du dessin ou de la photographie. Par exemple, dans un manuel pédagogique de médecine, sur la toile d’un grand peintre, dans un texte littéraire, le statut iconique n’est pas le même que dans un magazine pornographique. Cela dépend également si cette image est, selon la loi Jolibois de 1994, susceptible d’être vue ou perçue par un mineur. L’interprétation de la même image varie encore en fonction des différents contextes sociaux et culturels et des degrés d’acceptation ou de refus du corps représenté précisément comme un ensemble d’organes ou un support érotique. De même pour le texte, une description à propos de la zoophilie ne sera acceptable que s’il s’agit des registres médico-cliniques, des casiers judiciaires ou des observations anthropologiques. Ce paradoxe de « selon le cas » détermine la frontière entre l’acceptabilité, la tolérance et le refus catégorique. Entre l’acceptabilité universitaire d’un côté et l’interdiction judiciaire et sociale de l’autre, le monde de l’art crée un espace toléré mais discret, dans lequel le droit d’expression, la valeur artistique et les critères sociaux sont en jeu. L’article montre une catégorisation de l’acceptable et de l’insupportable, du visible et du secret lorsqu’il s’agit des représentations du masculin et du féminin comme illustration des connaissances anatomiques et comme imagerie évocatrice du désir et du plaisir.