Les « enfants de Guizot », deuxième génération d’instituteurs dans les dossiers de récompenses honorifiques
2012
Jung-In Kim

Extrait de : "Métiers et statuts sociaux : les représentations (édition électronique)"
Sous la direction de Dominique Barjot et Christophe Réveillard
132e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Arles, 2007
Textes de Danielle Arribet-Deroin, Séverine Ferraro, Régis Huguenin, Emmanuelle Humblot-Corbel, Jung-In Kim, David Lamoureux, Frédéric Maguet, André Marbach, Pascal Raggi
Éditions du CTHS
2012
p. 93-106
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Les dossiers de récompenses honorifiques, sources encore inexploitées par les historiens de l’enseignement, nous permettent d’ouvrir un nouveau champ d’exploration des images du « bon maître » construites au XIXe siècle. Parmi les instituteurs jugés dignes d’être récompensés, les « enfants de Guizot » retiennent notre attention. Pour la plupart nés dans des villages ruraux sous la monarchie de Juillet, ils sont élevés en bons chrétiens dans les écoles de Guizot et entrent en fonction durant le Second Empire, sous le regard méfiant du curé. Démunis de toute formation spécifique, ils doivent apprendre eux-mêmes à pratiquer un métier à la fois mal défini et peu respecté. Face à la redoutable concurrence des écoles congréganistes, leur seul moyen de reconnaissance était de démontrer la supériorité de leur méthode pédagogique, tout en s’assurant une opinion favorable par leurs bons comportements. Leurs efforts, prolongés par la mise en place de cours d’adultes et de bibliothèques scolaires, ont véritablement fait de l’école un centre de culture. Conciliateurs pendant les années indécises de la défaite et de l’Ordre moral, ces instituteurs ont su, par la suite, être ouvertement républicains et promoteurs de l’enseignement laïque, tout en demeurant chrétiens pratiquants. Ils deviennent ainsi, à la fin de leur carrière, des personnages incontournables dans les communautés villageoises et urbaines. Par une ironie du sort, ce sont ces « enfants de Guizot » qui ont dû assurer la première étape de la laïcisation des établissements scolaires et devenir les promoteurs de l’école républicaine. Toutefois et avant tout, ils auront été les maîtres des futurs « hussards noirs » de la IIIe République.