Un standard visuel : les trois vies de l’Angélus de Millet
2012
Frédéric Maguet

Extrait de : "Métiers et statuts sociaux : les représentations (édition électronique)"
Sous la direction de Dominique Barjot et Christophe Réveillard
132e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Arles, 2007
Textes de Danielle Arribet-Deroin, Séverine Ferraro, Régis Huguenin, Emmanuelle Humblot-Corbel, Jung-In Kim, David Lamoureux, Frédéric Maguet, André Marbach, Pascal Raggi
Éditions du CTHS
2012
p. 107-129
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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L’Angélus, peint entre 1857 et 1859, entame une carrière publique en 1889 avec la vente Secrétan. Dès lors, le tableau de Jean-François Millet connaît trois régimes d’existence distincts qui s’entrecroisent et se renforcent sans se mêler tout à fait, aboutissant à constituer l’une des images les plus représentatives de notre univers visuel. Le premier de ces régimes est celui, classique, d’une œuvre réaliste qui connaît une postérité artistique importante (Dalí, bien sûr, mais aussi Prévert, et aujourd’hui Ben ou Morimura). Parallèlement, entre 1889 et 1950, les avatars domestiques de l’Angélus (sur céramique, textile, bois ou métal) popularisent à l’extrême une composition qui livre ainsi une représentation stéréotypée de la paysannerie française. Enfin, un troisième registre s’affirme à partir des années 1950 et demeure relativement actif aujourd’hui : celui de la caricature de presse qui actualise des sens dérivés jusqu’alors demeurés latents. Pour rendre compte des relations entre l’unité de cette composition et la multiplicité des réalisations à laquelle elle donne lieu, l’étude s’appuie sur la notion de standard telle qu’elle est employée dans le domaine musical. L’Angélus constitue en effet un standard visuel car il fait l’objet d’une reconnaissance de la part du public, sous des variantes et dans des genres extrêmement divers.