La complexité de la guerre et de la paix entre Turcs et Byzantins (XIVe-XVe siècles)
2012
Élisabeth Malamut

Extrait de : "Faire la guerre, faire la paix : approches sémantiques et ambiguïtés terminologiques (édition électronique)"
Sous la direction d'Isabelle Chave
136e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Perpignan, 2011
Textes de Cécile Becchia, Jean-Paul Callède, Typhaine Cann, Catherine Chadefaud, François Clément, Christian C. Emig, Christiane Gachignard, Alexandra Gallo, Jean-Marcel Goger, Bruno Guérard, Pierre Larcher, Jérôme Louis, Élisabeth Malamut, Christophe Masson, Philippe Mauget, Jacques Puyaubert, Laurent Quisefit, Jean-François de Raymond, Stéphane Soupiron
Éditions du CTHS
2012
p. 19-33
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Les relations entre les Turcs et les Byzantins aux XIVe-XVe siècles sont difficiles à définir. Peut-on parler de guerre quand un émir turc est au service d’une partie des Byzantins contre l’autre dans la guerre civile et qu’il entretient des liens d’amitié et de familiarité avec l’un des plus grands hommes d’État byzantins ? Peut-on parler de paix quand un empereur byzantin vassal du sultan ottoman l’accompagne dans ses expéditions pour soumettre les Byzantins ?
Au milieu du XIVe siècle, l’Asie Mineure occidentale est désormais divisée en une série d’émirats turcs qui se sont substitués à l’ancien Empire seldjoukide. Parmi eux, celui d’Aydin a connu la célébrité grâce à la plus ancienne chronique ottomane qui relate les faits héroïques de son chef, Umur Pacha. L’Empire byzantin est en pleine tourmente après la mort de l’empereur Andronic III en 1341 : une guerre civile impitoyable oppose la régente Anne de Savoie, qui règne à Constantinople, et Jean Cantacuzène, proclamé empereur à Didymoteichon. Umur Pacha devient le fidèle serviteur de Cantacuzène, auquel l’unissent les liens de fraternité. Un autre exemple est donné entre 1390 et 1393 par l’empereur Manuel II, vassal de Bayezid, qui dut partir en campagne avec le sultan ottoman. En 1390, il est donc de ceux qui prennent la dernière ville byzantine d’Asie Mineure, Philadelphie. En 1391, il participe à la campagne de Bayezid contre le prince karamanide Alaeddin, contribuant à accroître la puissance des Ottomans qui menacent directement Byzance dans sa survie. Ces contradictions étaient perçues par Manuel, et ses lettres nous livrent les sentiments d’un Byzantin qui aimait sa patrie, mais pris dans la tourmente d’une époque où les relations de dépendance l’emportaient sur la notion de frontière entre ennemis.
À partir de l’étude du contexte historique et des relations politiques et sociales révélées par ces deux exemples, cet article tente de montrer la difficile frontière entre guerre et paix.