Jihâd et salâm : guerre et paix dans l’islam, ou le point de vue du linguiste
2012
Pierre Larcher

Extrait de : "Faire la guerre, faire la paix : approches sémantiques et ambiguïtés terminologiques (édition électronique)"
Sous la direction d'Isabelle Chave
136e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Perpignan, 2011
Textes de Cécile Becchia, Jean-Paul Callède, Typhaine Cann, Catherine Chadefaud, François Clément, Christian C. Emig, Christiane Gachignard, Alexandra Gallo, Jean-Marcel Goger, Bruno Guérard, Pierre Larcher, Jérôme Louis, Élisabeth Malamut, Christophe Masson, Philippe Mauget, Jacques Puyaubert, Laurent Quisefit, Jean-François de Raymond, Stéphane Soupiron
Éditions du CTHS
2012
p. 63-74
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Jihâd et salâm sont les deux mots fondamentaux du vocabulaire islamique de la guerre et de la paix. Dans une première partie, nous montrerons comment jihâd, tout en signifiant bien, littéralement, « un effort intense », n’en désigne pas moins le combat sacré, ce que nous appellons habituellement la guerre sainte. Jihâd tout court est en effet mis pour jihâd fî sabîl li-llâh (« combat pour Allah »). Il s’oppose ainsi à jihâd al-nafs (« combat contre soi-même »), prôné par les mystiques et qui est en fait une métaphore guerrière. Quant aux expressions al-jihâd al-asghar et al-jihâd al-’akbar, traduites par « petit jihâd » et « grand jihâd » et désignant le jihâd tout court et le jihâd al-nafs, elles ne renvoient pas, malgré les apparences, à une hiérarchie, mais en réalité (compte tenu du caractère central du premier et marginal du second) au jihâd stricto sensu et au jihâd lato sensu. Dans une seconde partie, nous essaierons de rendre compte des différentes acceptions de salâm. Littéralement, le mot signifie « préservation » (c’est comme souhait de préservation qu’il signifie « salut »). Il désigne la paix comme préservation de la guerre. Mais si l’on veut comprendre comment il se rattache à une famille lexicale de sens « livrer, remettre », il faut faire l’hypothèse que la préservation est en fait l’état résultant de la soumission. Salâm apparaît ainsi étymologiquement comme une paix par soumission, le contraire de ce qu’est étymologiquement « paix », qui est une paix par négociation (pacte).