Les marins du port de Toulon au XVIIIe siècle, entre guerres et marchandises
2012
Christophe Gobert

Extrait de : "Commerce et économie dans la guerre et la paix (édition électronique)"
Sous la direction de Jean Duma
136e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, Perpignan, 2011

Jean Duma, Laure Gevertz, Olivier Caporossi, Robert Chamboredon, Christophe Gobert, Boris Deschanel, Nathalie Cabanas
Paris, Éditions du CTHS
2012
Collection : Actes des congrès nationaux des sociétés historiques et scientifiques (édition électronique)

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Les marins de l’Ancien Régime représentent sûrement la catégorie de population la plus concernée par l’éventualité d’un passage soudain de la paix à la guerre. En effet, en application de directives du pouvoir central depuis Colbert, les travailleurs de la mer et leurs navires sont recensés (« classés ») : les premiers à la suite de la conscription obligatoire (1668-1670) ou service des classes sur les vaisseaux du roi – service devenu Inscription maritime après 1791 – ; les seconds à cause de possibles réquisitions pour le service du roi ou de confiscation en cas de guerre de course. Sur la face méditerranéenne, pour pouvoir naviguer au commerce pendant trois ans (ou quatre sur certaines franges du littoral atlantique), les travailleurs de la mer doivent impérativement effectuer un an de service sur un navire de guerre. Sinon, ils surveillent les côtes, et ce en temps de paix comme en temps de guerre.
Lorsqu’ils commercent, les marins sont victimes d’actes de guerre : la piraterie et la course, notamment de la part des régences barbaresques et des navires anglais, voire la confiscation de leur navire, quand partis en temps de paix, ils font relâche dans le port d’une nation devenue ennemie après leur départ. Par ailleurs, certains tentent l’aventure corsaire quand les circuits commerciaux classiques sont perturbés.
Toulon est alors déjà le premier port de guerre de la façade méditerranéenne. Il est donc le point de convergence des marins classés pour participer à des expéditions militaires extra-européennes, pour assurer la défense du port et commander celle de la côte méditerranéenne, pour protéger le commerce en Méditerranée occidentale comme au Levant par un système de routes patrouillées, de convois, et enfin pour pratiquer à la fois une lutte anti-corsaire et une course d’État. En temps de paix, les marins toulonnais sont présents dans tous les circuits commerciaux et à tous les échelons.